Un café s’il vous plait #8: réseaux sociaux, adoption d’un chat, Dune

Pour vivre heureux, vivons cachés ?

En septembre dernier, je vous parlais de mon mois sans Instagram. Depuis, mon malaise vis-à-vis de la plateforme ne s’est pas estompé, il a même parfois pris une ampleur sans précédent. Je ne peux pas forcément vous expliquer en détail ce qu’il s’est passé mais il y a quelques mois il s’est passé un événement particulier, qui au lieu de me rassurer, m’aider à guérir des plaies, m’a à l’inverse fait extrêmement peur face à la déferlente de violence que j’ai pu constater. Comme c’est étrange. Bref, après cette expérience, Instagram (et les réseaux sociaux en général) m’a donné l’impression d’un monstre hors de contrôle. Tout peut dégénérer à chaque seconde. Ca m’a fait peur, tout simplement. Alors j’ai pris encore plus de recul, je me suis terrée encore plus loin dans mon silence. Nous n’avons bien sûr pas besoin de ces applications pour vivre, c’est évident. Par contre, ce sont des outils importants lorsque vous avez comme moi une entreprise et que vous souhaitez faire connaître vos services. Or, je n’arrive pour l’instant plus à être dessus. Je ressens beaucoup de choses en parallèle car dans le même temps je me découvre un dégoût de ce que je vois dessus. Non pas que ce que je vois n’est pas bien, car j’ai choisi le feed qui m’est proposé mais je ressens une telle lassitude face à notre manière conditionnée de nous exprimer dessus, que ce soit via les mots ou par le graphisme. Je n’en peux plus de voir la même chose d’un compte de freelance à un autre. Je cherche notre individualité, ce qui fait de nous des êtres uniques et parfois cela semble difficilement lisible d’un compte à un autre.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir tout ce que ces réseaux m’ont apporté. J’y ai découvert tant de choses ! J’ai vu de nouveaux horizons, appris de nouvelles notions, rencontré de nouvelles personnes, j’ai vu des choses que je n’avais jamais vu avant. Mon coeur a pris de l’ampleur, mon empathie s’est décuplée au contact des autres. Les comptes que je suis m’ont permis d’aller plus loin que là où que j’aurai été par moi même. Je me sens beaucoup plus complète et complexe maintenant que j’ai pu entrapercevoir de tous ces mondes, si différents du mien. Pourtant, cette richesse ne pèse plus suffisamment dans la balance. Pourquoi ? Je crains que cela a à voir avec la crise du covid. Je n’en comprends pas encore le contour mais il me semble que mon expérience de la plateforme n’a fait que spiraler vers le fond depuis le premier confinement. Je crois que depuis, dans mon coeur, au lieu de trouver des signes d’union, j’ai vu à l’inverse les signes de séparation. Je me suis mise à être jalouse parfois, à râler aussi, beaucoup. « Gningninginin machin a fait ci, gninginginin machin a fait ca ». Suis-je devenue la commère qui épie les gens ? Ce n’est pas bon.

Donc, on ferme tout.

Je vois bien que je suis beaucoup plus négative qu’en 2019.

Ma lumière a décru, mon cynisme et ma jalousie ont augmenté. Cela ne me plait pas. Vraiment pas.

Contrôle des émotions

Quelle transition parfaite pour mon second point. Avec tout ce que l’année nous a amené, et ma vie sociale au point quasi mort depuis le second confinement, je me rends compte que je ne maîtrise plus vraiment mes émotions. Je repars petit à petit dans un schéma où mon hypersensibilité l’emporte. A la limite, pour les vagues de tristesse qui me traversent régulièrement, ce n’est pas grave. J’ai l’habitude et il me suffit d’attendre qu’elles passent en faisant mes « rituels » qui une fois combinés ensemble permettent d’accélerer le processus (yoga, respirations, médition, écriture dans un carnet, lire de tout mon saoul, et dormir). Par contre, ce qui me gêne c’est le retour de ma colère. Bien sûr, certaines colères sont saines, mais là je vous parle de la colère stérile liée à la peur. J’ai l’impression parfois de me retrouver comme lorsque j’étais adolescente, à subir mes émotions. Je vous assure que c’est destabilisant et surtout… déçevant. Lorsque je cède à cette colère, la déception m’attend au tournant. Je sais que le fait que je m’en rende compte et que je l’analyse, me permet déjà d’avoir les clefs en main pour mieux l’anticiper la prochaine fois. En prendre conscience, c’est déjà reprendre un peu le contrôle de la situation. (Merci les 2 ans de psychothérapie qui m’aident chaque jour, haha !)

Adoption d’un chat

Pour ceux qui suivent ce blog depuis des années, vous savez à quel point cela signifie beaucoup. Je vous gonfle régulièrement avec mon amour des chiens et des chats, et en début d’année, je posais l’intention de passer (enfin !) le cap de l’adoption. C’est drôle de se dire que le chat que j’ai adopté est celui pour qui, lorsque j’ai lu la description, j’ai eu comme des petites palpitations. Elle était décrite comme timide, avec la nécessité de temps pour s’adapter et pour accorder sa confiance. Si vous avez lu l’occasion de lire l’article où je parle de mon ancienne timidité maladive, vous comprendrez pourquoi je me suis reconnue dans cette annonce. Je me suis dit « mais c’est mon chat ». Bien sûr, j’attendais de voir à la rencontre si le ressenti se confirmait ou non, car il faut arriver sans idée pré-conçue du chat. En tout cas, la rencontre a confirmé tout ça. Honnêtement, cela fait sacrément peur. On se sent en train de faire un coup de poker. Et en même temps, on se dit « Petit chat, je t’accepte tel que tu es, advienne que pourra ».

Après quelques jours dans la salle de bain puis quelques semaines sous le lit, elle a eu une urgence vétérinaire qui m’a terrifié. Il semblerait qu’elle ait fait une réaction allergique à de la litière de silice du commerce (alors que son corps n’avait aucun soucis avec celle de chez le véto). Maintenant cette mauvaise expérience est derrière nous (normalement !) et elle semble prendre ses marques. C’est même devenu un vrai pot de colle, ce qui n’est pas pour me déplaire 🙂 Elle a deux ans, fait des pirouettes en jouant à la canne à pêche, n’ose pas encore monter sur les fauteuils mais se cale contre ma jambe le soir. Des années après la mort de mon chat, cela est étonnant de retrouver la sensation de… dormir contre le mur parce que le chat a pris toute la place sur le lit ! Haha.

Que d’émotions mes amis, que d’émotions.

Dune

Parlons livre !

J’ai entamé le cycle de Dune en janvier ou en février. A l’approche de la potentielle sortie du film, et en lisant le retour de Leila de @lei_la_lit sur Instagram, je ne pouvais plus passer à côté de ce classique de la littérature de Science-Fiction. J’ai donc commencé à lire le tome 1, curieuse, sans attente particulière et je me suis retrouvée prise dedans ! Quelle difficulté j’avais à le reposer ! Je ne voyais plus l’heure passer et régulièrement je découvrais qu’il était déjà 1h ou 2h du matin ! C’est rare qu’un livre arrive à me priver de sommeil alors que c’est une des choses que je chérie le plus dans mon quotidien. Bref, j’ai été happée ! Je ne suis pas sûre de déjà avoir lu de livres équivalents. J’apprécie énormément la science-fiction en général, donc peut-être était-il évident que je serai emportée par le récit ?

J’en suis maintenant au tome 5 et il est difficile de résumé une telle histoire qui se déroule sur des milliers d’années.

Les trois premiers tomes sont pour moi exceptionnels. Les 4 et le 5 sont très biens mais les bonds dans le temps rendent difficiles l’attachement aux personnages ainsi que la compréhension des univers dans lesquels on se trouve.

Ce qui m’a le plus fasciné c’est l’intelligence du livre de nous amener dans une situation délicate : vous avez de l’empathie pour le personnage principal (et même lorqu’on change de personnage principal, c’est toujours le cas) car vous arrivez à un moment de sa jeunesse où tout bascule, pourtant… plus tard… Quelle violence. Quelle cruauté. Dans le même temps, le personnage est face lui même à un dilemne : il y a la violence, mais il sait que s’il ne fait pas ça, une plus grande violence encore va prendre le pas.

J’ai apprécié le fait que le livre n’ait pas une dichotomie bien/mal (même si c’est initialement ce qui semble se dérouler entre Atréides et Harkonnen) mais aussi que les Frémens, dépeints par les autres groupes comme étant « grosso modo » des barbares, n’en sont pas. Que leur culture, qui semble violente pour les personnes extérieures, découle de leur environnement direct, le désert et des problématiques de survie qui en découlent. Les questionnements sur la religion sont légions dans les livres, donc si vous aimez philosopher dans votre lit à minuit, n’hésitez pas 😉

Ces quelques lignes ne rendent pas justice aux livres.

Je ne suis vraiment pas sûre qu’ils plaisent à tout le monde puisque le livre ne prend pas toujours la peine de vous expliquer ce qu’il se passe. C’est à vous de recoller les morceaux et de réfléchir à ce que telle ou telle réplique peut impliquer.

Pfffiou, je me laisse emporter pour vous en parler ! Je pense que je vais m’arrêter là pour cet article déjà bien fourni 🙂

Belle semaine à tous !
Sibylle

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Un café s’il vous plait #7: été 2020, vacances, sérénité & Harry Potter

Est-ce que vous allez me jeter des cailloux dessus si je redis encore une fois « quelle année ! » ? Je comprendrais, je n’en peux plus de m’entendre dire ça encore et encore. Cette année est assez étrange sur un plan de la communication : je ressens tellement de choses, j’ai envie de vous partager tellement de réflexions et pourtant rien ne sort. Les mots n’arrivent pas à se former. Je reste muette la plupart du temps devant mon ordinateur, frustrée de ne pas réussir à vous transmettre les émotions qui me traversent.

J’ai la sensation d’avoir beaucoup appris cette année. Quand je regarde en arrière, je vois 2018 comme l’embryon d’un projet, où l’enthousiasme me propulsait en avant, puis est arrivée 2019 en démarrant tranquillement (ce qui me convenait assez bien) pour s’accélérer si rapidement sans crier gare que j’utilisais régulièrement la métaphore d’essayer de contrôler une fusée en plein lancement. Enfin, 2020 a tout dégommé sur son passage, anéantissant non pas mes espoirs, mais une peur profonde en moi, anéantissant aussi certaines idées pré-conçues. Face à l’imprévisible, je me découvre non pas héroïque mais stable. Je tiens la barre. Je continue à naviguer malgré tout. Même si ça me terrifie quelque part.

Il me semble que finalement 2019 n’était qu’une simple transition pour en arriver à là je suis maintenant.

2020 est toujours encore en cours et depuis des mois je sens un appel au « nettoyage » intérieur (ok, je vous perds avec cette expression, c’est normal). Disons que je ressens le besoin continuel de faire le point sur ma vie, mes envies, mes peurs, mes ambitions. 2020 me force à définir mon plan de vie (à court & long terme) et à prendre les décisions en conséquence. C’est dur ! Mais nécessaire. Je découvre avec le temps à quel point ce « muscle » de la prise de décision est fondamental mais trop souvent négligé lors de nos apprentissages.

Choisir c’est renoncer, et en apprenant à renoncer à ce qui n’est pas Nous, on apprend à faire le deuil d’images d’épinal que l’on aurait aimé montrer, mais qui ne sont finalement que des fantomes. En apprenant à trancher dans des situations, j’apprends dans le même temps le deuil d’autres lignes temporelles où j’aurai fait le choix inverse. C’est en apprenant cela que j’apprends à être en paix avec là où je suis car je sais pourquoi j’y suis. Théoriquement, ça semble si simple. A mettre en place, je ne vous cache pas que c’est une autre paire de manche.

Qui l’eut cru en commencant ces lignes que j’arriverai à ce sujet ? Pas moi, je peux vous le dire !

Je vous le dis : j’ai tant de choses à dire mais pour l’instant le chemin pour y parvenir est encore chaotique. Néanmoins, l’essentiel c’est que je continue d’essayer 🙂

Partir en vacances

Donc, initialement je pensais vous parler avec légèreté de mes vacances.

Je suis partie deux semaines avec mes parents dans l’endroit où repose une partie de mon coeur : Montalivet, sur la côte Atlantique. Je découvre la région qui l’entoure depuis ma naissance, et elle continue à m’offrir de belles choses. Pendant le confinement j’avais peur de ne pas pouvoir voir ce lieu qui m’est cher cette année, mais nous avons eu la chance de pouvoir y retourner.

Ce n’est pas compliqué, dès que j’y suis, j’y trouve un certain repos. Probablement lié au fait que je suis avec mes parents, que ce sont des vacances ce qui signifie que je n’ai pas d’obligation de travail, mais je pense que cela dépend aussi des pins environnants, du vent qui souffle, de l’air de l’océan, du bruit des vagues qui nous accompagne partout, et de l’atmosphère globale qui malgré l’agitation du marché bondé semble me souffler de ralentir, encore et encore.

J’aime marcher sur les trottoirs constitués simplement de sable et de terre. J’aime voir le coucher de soleil sur l’océan. Et surtout, j’aime découvrir les autres parties du médoc. On se promène, on découvre, rien ne nous est promis et c’est très bien comme ça.

Je vous en ai déjà parlé dans un précédent article mais je souhaiterai souligner une fois encore à quel point j’apprécie les cours de yoga que je prends à Montalivet avec La Bliss Compagnie. Les cours sont du Vinyasa, mais on y trouve une réelle douceur, une écoute sans jugement de son corps. Certes, nous sommes supposés retrouver ça dans tous les cours de yoga, mais parfois il m’arrive dans certains cours de me sentir encouragée dans la performance, à aller toujours plus loin, suer toujours plus. Ce qui parfois me fait énormément de bien, bien sûr, mais ici, j’arrive au juste milieux, à l’équilibre. Et c’est encore mieux. Sans parler que cette année j’ai opté pour les cours en extérieur au milieu de la forêt de pin. Je peux vous dire que la connexion avec la terre me manque maintenant que je suis de retour dans des salles avec le sol bien plat ! Aaaah, l’odeur de la pinède, le bruit des vagues, le soleil qui commence lentement à se coucher… Malgré ma crainte constante de voir une guêpe ou un frelon arriver, je crois que les cours extérieurs deviennent petit à petit mon environnement de pratique préféré.

Donc si vous passez dans le coin, profitez-en 🙂

Sur une note beaucoup moins joyeuse, notre chien est mort le lendemain de notre retour de vacances. C’était un très vieux chien donc cela n’était pas surprenant, mais c’est toujours un sacré moment à passer. Je suis contente d’avoir pu être là la nuit où ma vieille mémère nous a quitté, entourée des siens.

Un peu de sérénité

Maintenant que je suis enfin installée à Nantes, que mes affaires sont déballées et agencées de manière à ce que je me sente chez moi, je découvre enfin cette sensation qui m’avait quitté depuis bien longtemps : la sensation d’être au bon endroit. En fait, j’ai retrouvé ma tranquillité d’esprit. Depuis quelques semaines je n’ai tout simplement aucun problème. Enfin, on s’entend j’ai des problèmes matériels, des problèmes administratifs, pratiques… mais pas de problèmes d’un point de vue émotionnel. Je suis au calme. Je suis calme. Je suis bien. Je suis tranquille.

Rien à signaler.

Je dors, je mange, je travaille, je me repose, je vois quelques personnes, je me balade.

Et voilà, mes besoins sont comblés.

Après la tempête du déménagement, je me retrouve paisible.

Ca faisait si longtemps !

Je ne sais pas si cela vous dit quelque chose, mais j’ai régulièrement évoqué l’envie de voir mon style vestimentaire évoluer. Même si j’aime toujours fondamentalement la même chose, je sentais que ma mue intérieure avait besoin d’être traduire à l’extérieur. Des pièces sont venues se rajouter à mon placard (déjà débordant… mmh). Je découvre que les tons chauds me font plutôt bien au teint, et j’expérimente plus avec les motifs qu’habituellement.

Pour couronner le tout, le psoriasis présent sur mon cuir chevelu semble se réduire inexorablement depuis des semaines. Ma mue serait-elle bientôt complète ?

Harry Potter

Pour finir ce petit récapitulatif de l’été 2020, je ne peux pas en parler sans vous dire que j’ai encore une fois relu Harry Potter. J’en avais ressenti le besoin après le déconfinement et pendant ma lecture, je comprenais pourquoi. Harry Potter évoque tellement de sujets fondamentaux (l’amitié, l’amour avec un grand A, le pouvoir, les valeurs, la politique, le courage, la peur…) que je pense que j’ai trouvé écho à mon envie de faire le point sur ma vie que je vous évoquais plus tôt. Cette histoire que je connais pourtant par coeur, me repose les mêmes questions, et toujours j’y trouve une nouvelle réponse.

Et comme toujours, j’ai bien pleuré. Oh, la, la.

Je crois que finalement je n’ai rien à dire de plus sur Harry Potter. C’est tellement une évidence pour moi. J’en ai déjà tellement parlé durant ma vie que je ne vois pas ce que je pourrais ajouter.

Un café s’il vous plait #3: Rouen, Solitude & Autonomie

Deuxième édition de « Un café s’il vous plait »: une catégorie pour vous tenir au courant de mes questionnements, recherches, états d’âmes. L’idée est de partager avec vous où j’en suis sans forcément en faire un long article car tous les sujets ne s’y prêtent pas. C’est spontané, non réfléchi. Disons que c’est une légende Instagram en plus long 😉

C’est parti !


Je suis à Rouen pour le mois de mars. Cette idée m’est venue un dimanche matin, de nulle part. J’étais dans ma chambre à Paris, épuisée et à bout par de mois difficiles dans cette ville, l’envie de prendre l’air se faisait de plus en plus impérieux sans que je n’arrive à définir ce que je devais faire. Je ne savais pas comment faire pour déménager, ni même où aller. Lorsque j’avais partagé ma frustration avec ma psychologue sur mon incapacité à prendre les choses en main, elle m’avait répondu que c’était normal que je n’y arrive pas car je n’étais pas prête émotionnellement. Sur le moment, ce fut un coup dur. Comment ça je n’étais pas prête émotionnellement ? J’étais en colère mais avec le temps j’ai appris qu’en général, elle voyait des choses que je ne voyais pas encore et qu’elle avait probablement raison. Quelques jours plus tard, j’allais rejoindre une amie et nous discutions de ma situation. Je lui fis part de ma frustration vis-à-vis de la situation et de la colère que j’avais ressenti face à ma psy. Avec la sagesse qui la caractérise, elle me dit qu’en effet peut être que déménager était peut être une étape trop grande pour moi à l’heure actuelle (en février donc) et que je devrais me demander s’il n’y avait pas d’étapes intermédiaires qui pourraient m’aider. Cela cogitant sagement dans l’arrière de ma tête, l’idée a donc éclo dans mon esprit un dimanche matin. Rouen, une ville que je n’avais visité qu’une fois une journée d’été. J’avais trouvé cette ville charmante. Pourquoi ne pourrait-elle pas être mon étape intermédiaire ? Je le voyais comme le moyen de me désengluer de ma situation. S’il y a bien quelque chose que j’ai appris ces dernières années, c’est que souvent, il suffit d’un mini mouvement vers une direction pour dérouler tout une suite d’événements innattendus. Alors si le risque n’est pas élevé, autant y aller. J’ai sû que cette idée était la bonne lorsqu’en 30 minutes, je trouvais un nid dans lequel m’installer pour ce mois de découverte et de convalescence. (Merci Eva ❤ Et Gwen ! Et Guillaume !)

Lorsque le projet prenait forme, je ne pensais pas que ce mois à Rouen prendrait la forme d’une convalescence. Pourtant, je quittais Paris à fleur de peau et au fond du trou. Ce que j’expliquais à ma psy avant de partir est que mon humeur au jour le jour n’était pas triste. En surface, je n’étais pas brisée mais je sentais qu’au fond de moi, dans les tréfonds, le désespoir se faisait entendre. Je ne rêvais plus que d’une nuit complète sans être réveillée par le chauffe eau (qui ne marchait pas depuis des mois, et dont il a fallu 4 réparateurs différents avant qu’il soit changé. A noter : J’ai dû attendre 3 semaines pour le premier RDV. 2 semaines pour le deuxième, etc), le radiateur qui me réveille à 4h du matin, qu’on ne peut pas purger nous même car va savoir pourquoi c’est attribué à la co propriété et enfin mon frère qui se réveille parfois à 4h du matin ou 6h du matin mais généralement à 7h15, donc avant moi. Quand votre rêve le plus cher devient une nuit de sommeil, il y a de grande chose que votre désespoir se fasse entendre aussi. Surtout si comme moi, vous avez besoin de 9h complètes pour fonctionner.

Je suis arrivée le weekend dernier. Je vous écris et cela fait pile une semaine.

En trois jours, les tensions qui me mettaient mal à l’aise dans mon dos tendu à l’extrême se sont apaisées d’elles même. Je sens qu’il y en a encore mais mon dos retrouve une douceur oubliée. L’environnement dans lequel je me trouve est plongé dans un quasi silence permanent. Pas de travaux (oui, car ça aussi, c’est un problème que j’avais à Paris. Mon immeuble semble constamment en travaux, et quand ce n’est pas le mien, c’est celui d’en face, etc). Pas d’enfants qui dévalent les escaliers en criant. Je peux rester la journée durant dans l’appartement sans que personne ne sonne, personne ne rentre, personne ne vienne. Pas de livreur. D’arnaqueurs sous couvert d’être ramoneur (je vous jure. Vivre dans un immeuble avec des retraités c’est se méfier de chaque personne qui sonne à la porte). Pas de réparateur. Rien. Je suis SEULE. Mon isolement n’est rompu que lorsqu’un chat miaule sur le palier et que je dois l’avouer, je vais vite regarder s’il est à proximité pour pouvoir lui faire des gratouilles pendant quelques minutes.

Je dors. Dans un quasi silence complet. Je me sens comme une plante désséchée qui retrouve petit à petit la vie.

Il faut comprendre une chose, j’ai 27 ans et je n’ai jamais habité seule.
Ayant fait mes études dans la même ville que mes parents, j’ai habité chez eux pendant tout ce temps (ce qui ne m’a pas posé de problème d’ailleurs, l’espace y étant grand, je m’y sentais très bien)
J’ai pu goûter à cette joie de la solittue pendant 2 mois lors de mon premier stage. Lors de mes 6 mois au Canada, j’étais en colocation. Ensuite, lors de mon stage de fin d’études de 6 mois, j’ai vécu finalement 3 mois avec mon copain. Pendant 2 mois dans mon logement car il n’avait pas de logement au début et 1 mois à la fin car à l’inverse, c’est moi qui n’avait pas de logement. Depuis, j’habite en colocation avec mon frère.

27 ans et les seules miettes de solitude que j’ai pu m’accorder ont été de 2 mois en 2012~, 3 mois en 2015, 1 mois en 2020. 6 mois en 27 ans. Y’a un soucis quelque part.

Rouen, donc. On y revient.

Le quartier où je suis est rempli de chats. Ils sont partout et pour mon plus grand bonheur ils sont majoritairement friands de contact humain. Ils viennent, ils parlent, ils marchent à mes côtés pendant quelques mètres. La présence animale me manque constamment à Paris, cela n’a rien de nouveau, je ne vais pas revenir là dessus.

Hier, alors que je suis allée me chercher un plateau de sushis végétariens, j’avais dans les oreilles mes écouteurs avec de la musique pop à fond. C’est un détail mais étrangement, cela ne m’arrive pas souvent. Je sais que mon humeur est au beau fixe lorsque l’envie me vient de marcher, musique dans les oreilles, et la sensation de voir un film se dérouler devant nous. Sur le chemin de retour, les skaters roulaient sur le parvis et pendant qu’ils glissaient sur leur planche, je me sentais glisser de la même manière. J’étais légère, tout était fluide et joyeux.

A Paris, je perds très rapidement mes résolutions de ne pas laisser mon emploi du temps se surcharger. Je me retrouve avec des gens à voir tous les soirs, et c’est pour vous dire, j’ai d’abord écrit « je me retrouve avec des choses à faire tous les soirs ». Lorsque je laisse mon emploi du temps se remplir, je transforme des moments agréables en des tâches à cocher dans une to do list. Ce n’est bénéfique pour personne. Mes amis me retrouvent épuisée. C’est rarement le fun quelqu’un d’épuisé.

Ici, je me retiens. J’ai vu des ateliers qui m’intéressaient dans des studios de yoga mais j’ai décidé de ne pas m’inscrire. De ne RIEN mettre dans mon agenda. Je dois me réapproprier mon temps. Mon temps, n’est pas là pour être rempli. Pour l’instant, il est vrai que je me distrais, je regarde des vidéos youtube, j’écoute beaucoup de podcast. J’aimerai réussir à me dégager quelques jours pour n’être que dans le silence loin des écrans. A voir si j’arrive à passer le cap. Si j’y arrive, soyez sûrs que je vous écrirais un article à ce sujet 😉

Rouen est agréable. Le centre ville a le charme de l’ancien et je continue à m’émerveiller devant l’architecture. Je continue à découvrir des petites rues et petit à petit j’élargis mon champ d’exploration. Il y a un point sur lequel je n’ai pas encore réussi à m’habituer. C’est un détail et pourtant il me déstabilise à chaque fois. Il y a des passages piétons sans feux. Les voitures laissent passer les piétons. Voilà. On en est à ce stade. Je m’émerveille juste parce que les gens respectent le code de la route. En bas de chez moi, à Paris, nous avons des passages piétons sans feux. Il m’est déjà arrivé d’attendre douze voitures avant qu’une accepte que je traverse. Une personne âgée est morte à cet endroit d’ailleurs, il y a quelques années. Les traces de sang qui ont persisté le lendemain m’avaient choqué. Et lorsque j’en ai parlé à des personnes véhiculées dans Paris, tout de suite le sujet a provoqué de l’énervement « Oui mais si tu savais, c’est horrible de rouler dans Paris ! On s’arrête tous les 15 mètres pour des feux ! Alors si en plus on laissait passer les piétons ! »…

Ici, on me laisse passer. Et je n’ai pas peur de me faire rouler dessus. Voilà. Je sais que c’est mon hypersensbilité qui parle, parce que 99% des gens n’y prêteront pas attention, mais je ne peux m’empêcher d’observer ce genre de choses. Elles disent beaucoup sur l’ambiance d’une ville.

Je flâne, je me balade. Je travaille, aussi. J’ai cette chance de pouvoir emporter avec moi mes sources de revenu. Je suis heureuse d’avoir cette possibilité.

J’ai acheté un sweatshirt rose bonbon dans une frippe. Il s’accorde parfaitement avec mes vans qui ont du rose bonbon sur le côté. Avec mon manteau moumoute on dirait un fluokid de 2005. Je me sens un peu ridicule dans cette mini crise d’ado. Je me demande si on me confond avec les lycéens ou les jeunes étudiants. Je ne me reconnais toujours pas dans le miroir, mais je laisse couler. Ce n’est pas grave. Ca reviendra. Il n’est pas agréable d’être en période de recherche, c’est inconfortable mais cette étape est nécessaire. J’en suis convaincue. (Oui, je me répète par rapport au dernier article, mais ça me trotte dans la tête en ce moment, que voulez-vous !)

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’aller au spa. J’ai envie d’aller dans cet endroit élégant et luxueux où je prendrais soin de mon corps de manière différente de ce dont j’ai l’habitude. C’est étonnant cette envie soudaine de luxe. Qui vient en parallèle avec ma joie de trouver un sweat de mes rêves à 10€ dans une fripperie. J’aime beaucoup cette ambivalence.

Donc voilà, ma vie pour l’instant est la suivante : je travaille, je me repose, je me balade. Repeat.

Je crois que je suis réellement en train de « prendre soin de moi » car je créée un espace où le silence me permet de m’entendre.

Interview Créa #5: Anouk Corolleur, prof de yoga et coach

J’ai découvert Anouk grâce à la magie d’instagram. Parfois, vous ne pouvez pas expliquer pourquoi mais vous accrochez complètement au contenu. Vous scrollez, lisez, likez. Vous vous dites « Damn, j’aimerai connaître cette personne dans la vraie vie ». C’est ce que je me suis dit avec le compte d’Anouk. J’ai tout de suite ressenti une vague de bonnes ondes.

Qu’est-ce que j’y apprécie ? Sa multiplicité. Coach, professeur de yoga, fille de la montagne, surfeuse, baroudeuse, française mais expatriée pendant de longues années,… Une vie riche en sensation et en dépaysement.

Son compte instagram, au lieu de me miner le moral en m’offrant un moyen de comparaison m’encourage à m’accepter entièrement et en douceur. Comme dirait Marie Kondo, it sparks joy.

Anouk a eu la gentillesse de répondre à mon interview créa, et je pense que vous comprendrez rapidement pourquoi cette interview me tient à coeur: on y retrouve des thématiques récurrentes dont je vous parle à travers les articles de ce blog.

Bonne lecture, et merci Anouk !

Pour commencer, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Anouk, j’habite à Bordeaux et j’aide ceux qui veulent sortir de leurs émotions paralysantes pour vivre la vie dont ils rêvent à travers du coaching de vie, du yoga et de la méditation. Je suis une aventurière dans l’âme et depuis petite je suis à la recherche des sensations de glisse. J’ai grandi à Chamonix avec des parents passionnés de ski et de snowboard, puis à 17 ans je suis partie en Australie pour surfer. Cette culture de la glisse et de l’aventure m’a inspirée un mode de vie qui respecte l’environnement, qui me demande de prendre soin ma santé physique, mentale et émotionnelle.

T’es-tu toujours considérée comme une personne créative ?

UN GRAND NON. J’ai une grande sœur extrêmement « créative » au sens traditionnel du terme (bonne en peinture, dessin, art plastique…) du coup je crois que petite je me suis dit que je n’étais pas la créative de la famille. Si j’avais été un Schtroumpf j’aurai été Costaud, celui qui aime le sport. J’étais très bonne en danse, et c’est plus tard, que j’ai compris plus tard que ma créativité s’exprimait à travers le mouvement. Ça a été une grande réalisation car reconnecter avec mon pouvoir créatif voulait en fait dire: arrêter de me juger. Pour moi c’est arrivé lorsque j’avais 21 ans. 

« 
[…] je crois que petite je me suis dit que je n’étais pas la créative de la famille.
« 

Dans tes activités professionnelles, comment la créativité trouve-t-elle sa place ?

Dans la façon dont j’écris mon blog, mon site internet, mes posts instagrams, mes offres de services. Je n’essaie pas de rentrer dans le moule de développement personnel ou du yoga, mais au contraire d’incarner ces messages c’est à dire d’être moi-même. 

Comment vis-tu ta créativité ?

Pour que je créer un projet, il faut que je l’ai dans le corps, que sa possibilité me fasse trépigner des pieds et que l’idée tourne presque à l’obsession. Après je crois au principe de co-création. Je m’explique: Ce n’est ni toi, ni moi qui avons créé les océans, les arbres etc… Un fœtus grandi naturellement dans le ventre de sa mère. La mère n’a pas besoin de regarder son ventre chaque jour pour lui dire: POUSSE. Si la mère apporte de l’eau, de la nourriture et reste détendu, alors le reste se fera de manière naturelle et bientôt un beau bébé naîtra au monde. Il y a donc une force puissante de création dans l’univers qui permet à un enfant de devenir un adulte, à une graine de devenir un arbre etc… Lorsque nous voulons créer un projet, nous pouvons utiliser la même force de création. C’est à dire lui apporter ce dont il a besoin pour prendre forme mais sans stress, juste par amour de ce que nous voulons mettre au monde puis laisser la magie opérer. 

La créativité me semble être une notion cousine à la Liberté car c’est grâce à ce besoin que nous affirmons des choix qui peuvent sembler étranges car en dehors du schéma. Qu’en penses-tu ?

Oui complètement ! Créer sa propre réalité basé non pas sur « ce qui a toujours été fait » mais sur le champ infini des possibles. J’adore écouter des histoires insolites de gens qui ont créé de nouvelles voies, de nouvelles façons de vivre. C’est pour ça que voyager, voir, apprendre enrichi notre vocabulaire pour pouvoir créer de nouvelles réalité encore pas explorée. 

Parmi tes clients, as-tu remarqué un blocage au niveau de leur créativité ?

Oui je vois beaucoup de blocage, j’entends beaucoup de gens qui me disent: « Oh mais moi je suis pas créatif ». Je t’avoue que ça a presque tendance à m’énerver tellement c’est une croyance qui limite l’individu ! L’Homme est créatif par nature. Après au niveau des idées il y en a certaines qui vous animeront plus que d’autres. Ce sont celles qui vous font frétiller intérieurement qu’il faut choisir de développer. Les « mauvaises idées » ce sont celles qu’on fait par peur et pour combler son manque d’amour. Par exemple: Pour faire de l’argent ou pour avoir de la reconnaissance… Pour pouvoir trouver des idées qui nous font frétiller il faut prendre soin de notre santé émotionnelle car si on est stressé ou nerveux il sera difficile de sentir l’excitation d’une idée. D’où la méditation, les ballades en natures, le yoga etc… 

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« Oh mais moi je suis pas créatif » […] c’est une croyance qui limite l’individu ! L’Homme est créatif par nature.
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Ressens-tu l’impact du mental sur ta créativité ? Si oui, comment réagis-tu dans les moments où il te freine ?

Oui comme je viens de l’écrire, nos pensées et nos émotions sont extrêmement liées et peut bloquer notre créativité. Pour prendre soin de mon monde intérieur: je médite 10mn le matin et 10mn le soir, je mange sainement, je bois beaucoup d’eau, je fais du sport tous les jours (yoga ou cardio) et je me couche tôt. ça me permet d’avoir une base saine. Je ne crée jamais rien si je ne me sens pas centrée et inspirée, si je bloque je quitte mon ordi et je pars faire un tour dans la nature, je vois des amis, bref je me ressource.

As-tu des ressources qui t’ont aidé à trouver ta voie ou qui te motivent ?

  1. Comme par Magie de Elisabeth Gilbert – Pour mieux comprendre le voyage créatif. 
  2. Daily Love, growing into grace de Mastin Kipp – Pour une dose d’inspiration, de courage, de confiance en soi. 
  3. marieforleo.com – Pour m’aider avec mon business.
  4. Le stage « Trouver votre excellence en action » de Joel Guillon à Paris 

T’arrives-t-il de douter de tes capacités ? Comment arrives-tu à surpasser ce doute ?

OUI ! Le doute fait parti du processus normal de notre expérience humaine et surtout lorsqu’on se lance dans des gros projets! Hier j’ai regardé un documentaire qui s’appelle « The Dawn Wall » (grosse recommandation d’ailleurs). ça parle du grimpeur Tommy Caldwell et de son rêve d’escalader une paroie dans le parc de Yosemite qui avait été décrite comme impossible à escalader. On l’a critiqué, jugé, traité de fou… Mais il ne se laisse pas impressionner et travaille pendant 6 ans pour pouvoir faire naître son projet. Au cours de son aventure bien sûr il doute: « Est ce que c’est vraiment possible de faire ça? », mais il ne lâche rien et sa foi et sa détermination finissent par payer ! 

Quand je me fais prendre par le doute: déjà j’en prends conscience « Ah tiens c’est toi le doute » mais je ne rentre pas dans ses histoires en remettant toute ma vie en question. La joie que mon projet me procure me donne la certitude que je suis sur le bon chemin et il me permet de me sentir chaque jour épanouie et vivante! 

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Le doute fait parti du processus normal de notre expérience humaine et surtout lorsqu’on se lance dans des gros projets !
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En règle générale, penses-tu que le bonheur se choisit ? Si oui, comment cela se traduit-il dans ta vie quotidienne ?

Oui le bonheur se choisi, mais il faut prendre le risque d’être heureux… Car comme dirait le dicton anglais: « Misery likes company » (la misère aime la compagnie). Pour moi une pratique régulière de la méditation me parait primordial, ça me permet de faire des meilleurs choix dans ma vie quotidienne au lieu d’être prisonnière de schémas d’auto sabotage etc… 

Pour conclure, quel message souhaites-tu transmettre au gens sur leur créativité ?

Commencez à émettre la possibilité que vous êtes créatif et laissez vous surprendre.

Retrouvez Anouk:
⤅ sur son site http://anoukcorolleur.com
⤅ sur Instagram @anoukcorolleur

Faire face à soi-même: Se penser invisible

Il fait 40 degrés dans ma chambre. Il est minuit passé et je me tourne inlassablement dans l’espoir de trouver le sommeil. Mes pensées commencent à vagabonder, elles perdent leur sens logique.

Soudain, je me rends compte que pendant tant d’années, tout au fond de moi, je croyais sincèrement être invisible. C’est comme une évidence. Il suffit de revenir sur certains souvenir récents pour m’en rendre compte.

Mon incompréhension en voyant plusieurs dizaines de personnes autour de moi pour fêter mon départ de mon ancienne boîte. Mon envie de me cacher lorsque L. me dit « mais tu sais Sibylle, les gens t’apprécient ». Quelques mois plus tard, les larmes qui me viennent aux yeux quand on m’offre un cadeau pour mon départ d’une autre boîte. Quand des gens m’invitent à sortir avec eux alors qu’ils ne m’ont rencontré qu’une seule fois. Les paroles douces de personnes qui me connaissent à peine. Je suis toujours étonnée quand quelqu’un me dit « Bien sûr que je me souviens de toi ! ». Je suis ébahie à la perspective d’être dans la mémoire de personnes qui n’ont pas de liens affectifs avec moi. Un refus d’être aimé.

Les compliments. Je n’ai jamais su les recevoir. Mon inconscient reste persuadé qu’ils ne s’adressent pas réellement à moi. J’ai plusieurs fois prononcé cette phrase « Bon, je sais que c’est simplement par pitié mais ça reste gentil de leur part ! ». Les compliments, je ne sais pas les voir comme sincère. Il y a toujours ce doute « Que souhaites-tu en échange ? ». J’ai toujours l’impression que l’on essaye de m’avoir, de m’extorquer quelque chose que je ne souhaite pas donner. Les compliments me font me sentir manipulée. Une petite lumière d’alerte s’allume dans les tréfonds oubliés de mon âme, celle de la méfiance, toujours prête à activer le système de défense.

L’écrire me rend triste, sincèrement. J’ai les larmes à l’oeil en me rendant de l’étendue du désastre. Une confiance perdue depuis si longtemps, sûrement une cassure quelque part dans ma jeunesse.

Petite, j’ai tellement, tellement souhaité disparaître. Qu’on oublie ma présence. Ne plus être là, invisible aux yeux de tous. J’aurai rêvé faire partie du papier peint. Il m’est souvent arrivé que l’on me dise « Tiens, je t’avais oublié » ou encore « tu es si discrète, quel est ton nom déjà ? ». La prouesse de me faire oublier où que j’aille. Passer du temps seule, sans parler, sans rien faire, je savais faire. Passer des jours entiers sans ‘vivre’ les moments mais simplement observatrice passive accrochée aux jambes d’un de mes parents. La panique à la perspective d’être inclue dans une quelconque activité. Un enfant apeuré.

On me l’a reproché. Beaucoup. Parfois cela revient encore sur le tapis. Un poids pour les gens autour de moi. « Pourquoi ne peux-tu pas simplement être comme les autres ? »

Parce que voir quelqu’un ne pas passer un bon moment, même si c’est un enfant, on lui en veut. Ne jouons pas les naïfs, nous avons tous été dans la situation d’en avoir contre quelqu’un qui « pourrit » l’ambiance car il ne fait pas semblant de s’amuser.

Il existe une ambivalence très forte en moi : l’envie profonde de disparaitre et ces éclats de vie tonitruants et incontrôlables. Rire, ce radeau de sauvetage. Je ris à gorge déployée, je parle fort, je fais des gestes disproportionnés quand je raconte une histoire. Rire renvoie tous mes doutes au fin fond de mon être. Ce sont quelques secondes de repos où mes doutes s’évaporent.

C’est là que j’ai compris le but de ce blog, quel cheminement j’étais entrain de faire. Ce blog, il n’est pas comme ceux que j’ai pu avoir avant. Mon mal être suintait dans toutes les lignes, dans tous les mots que j’écrivais. C’était un moyen de me débarrasser de ce poids que je n’arrivais pas à porter. Même si le moyen reste le même (Helllooo, de toute évidence ce n’est pas la joie de vivre qui suinte dans ce post), je m’expose et j’en ai pris la décision.

J’ai décidé de ré-ouvrir un blog.

J’ai décidé de parler non pas pour évacuer mon trop plein d’émotion mais pour témoigner que les choses changent constamment.

Je n’ai pas honte d’écrire là dessus, car je ne suis pas seule. C’est évident. Je le sais. Je ne suis pas la seule petite fille qui a eu envie de disparaître beaucoup trop tôt dans sa vie. Je ne suis pas la seule petite fille à avoir nourri la peur de mourir sur le champs si j’ouvrais la bouche devant des inconnus. Je ne suis pas la seule petite fille à avoir une peur incontrôlable du jugement.

Hier soir, j’ai donc compris que si je prenais le risque d’ouvrir ce blog, c’était tout simplement qu’un changement s’opère: j’accepte d’être vivante et visible alors que depuis mon enfance, à force de refuser de l’être, je m’étais convaincue que j’étais réellement devenue invisible. C’est fou. C’est triste.

Mais rien n’est figé, non, rien n’est jamais figé.

Je suis heureuse d’avoir mis au jour cette partie de moi. Je savais qu’elle était là, mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Je ne sais pas d’où elle vient, pourquoi j’ai vécu de la sorte, mais damn. C’est une expérience forte de faire face à soi de la sorte.

Je rends le micro sans conclusion car je n’ai pas envie d’épiloguer. Ce post n’est finalement qu’une introduction.