Couper ses cheveux longs pour une coupe garçonne: EP.3

Le moment tant redouté est arrivé : je laisse pousser mes cheveux ! Avec les différents confinements et ma vie sociale beaucoup plus tranquille que la normale, c’était « le moment ou jamais » pour passer les différentes étapes de la repousse de cheveux, sans trop de témoins de ces périodes de transitions pas forcément faciles à passer.

Les cheveux, cela pourrait passer pour un sujet superficiel. Comme je vous l’ai déjà dit dans un ancien article, ma position est qu’il ne faut pas nier les émotions et les questionnements que ce genre de sujet nous invite à explorer. Les cheveux ont une place énorme dans notre société. Ils disent des choses sur nous. Ils sont un des éléments clefs de notre « look », c’est-à-dire sur l’image que nous souhaiterions projeter (par exemple la classe sociale dans laquelle nous nous retrouvons ou à laquelle nous aspirons). Parfois, aussi, des éléments incontrôlés et incontrôlables qui disent d’autres choses de nous mais dont nous ne pouvons pas avoir conscience à moins que quelqu’un nous dise ce qu’il a pensé de nous lorsqu’il nous a vu pour la première fois. Impression bien entendu biaisée en fonction des préjugés de la personne. Difficile à démêler tout ça.

Et bien sûr, les cheveux et le choix de sa coupe sont encore fortement ancrés dans un imaginaire genré. Les cheveux longs majoritairement pour les femmes, les cheveux courts majoritairement pour les hommes. Le nombre de fois où j’ai pu entendre dans ma vie que les cheveux longs étaient un signe de féminité… ! 

Si vous avez lu les articles précédents à ce sujet, je pense que nous avons déjà abordé ces sujets mais il me semblait important de remettre un peu de contexte dans la mesure où mon dernier article sur la coupe courte date probablement de l’année dernière. 

Me revoilà donc repartie dans une nouvelle aventure à propos de mes cheveux courts mais qui n’a cette fois rien à voir avec la précédente. 

Me couper les cheveux, avec quelle facilité je l’ai fait.

Je suis venue, on m’a coupé les cheveux, j’étais heureuse, les coiffeuses étaient heureuses, mes proches étaient heureux, le monde n’était que joie fébrile et abasourdie par ce geste radical qui était de dire adieu à toute cette masse capillaire que j’avais si longtemps aimée. 

Couper les cheveux, cet acte libérateur a pris une heure. Un sparadrap que l’on enlève et hop, c’est fait. Une expérience grisante à vivre. Un shot d’adrénaline en ressortant du salon de coiffure en sentant le vent sur mon crâne.

Par contre, faire pousser mes cheveux là… Nous passons à une toute autre expérience. 

Ma dernière coupe courte date d’octobre dernier une semaine ou deux avant le confinement si mes souvenirs sont bons. Je suis donc actuellement à 6 mois de repousse et je peux vous dire que pour l’instant, c’est dur. Rien de grisant à l’horizon. Un exercice de patience qui n’est, de base, pas mon fort. 

Un mulet est apparu assez vite, et même si j’ai de la chance que la mode soit aux années 90, je dois vous avouer que c’est à ce moment là que ma confiance en moi durement acquise a commencé à s’effriter. Me regarder dans la glace est devenu difficile. J’ai vu le processus de dépréciation se mettre en place sans pouvoir agir. Si je voulais les cheveux longs, je devais passer par là. Il n’y a pas mille manières d’y arriver.

Comme cet article sera probablement le dernier de la série puisque nous clôturons un cycle, je dois vous parler de quelque chose. Cette expérience de coupe courte m’aura appris quelque chose d’important: mes grandes idées, mes grands idéaux, c’est bien beau. Mais entre la théorie et la pratique, il y a un gap.

Lorsque j’étais adolescente, j’aurais aimé être androgyne. J’ai énormément lutté mentalement parce que je ne me sentais pas « fille » et ne me retrouvais pas là dedans. Je me sentais floue, ailleurs, quelque part de non dit, jamais évoqué. En gros, quelque part où on me ficherait la paix sur tous ces concepts qui me provoquaient de la souffrance. Rétrospectivement, cela peut sembler con de se dire que ne pas avoir envie de se maquiller, pas envie de mettre de robe ou jupe, pas envie d’apprendre à marcher avec des talons, tout ce genre d’apparat puisse créer de la souffrance, mais dans le contexte de l’adolescence où on aimerait tant être dans la norme, c’est compréhensible. Sale période pour certains (tout le monde ?). 

J’ai ensuite beaucoup travaillé sur moi même pour accepter la part de moi même que l’on aurait tendance à nommer « féminine ». Tout du moins pacifier ma relation avec mon corps (parce que pour le reste, les apparats, on en est toujours au même point).

Tout cela pour en venir à un événement particulier : avec les cheveux courts, on m’a appelé monsieur et contre toute attente j’ai été complètement déstabilisée. Je suis sortie de mes rails. Je me suis sentie mal. 

J’ai remarqué à quel point je ressassais le moment et à quel point je me sentais inconfortable. Et lorsqu’il y a un inconfort de ce genre là, c’est qu’il y a terreau propice pour déconstruire une pensée. C’est là la leçon majeure : déconstruire une pensée théoriquement, c’est super, par contre être suffisamment honnête pour attraper au vol la pensée dans sa vie quotidienne et se dire « tiens, tiens qu’est ce qu’il y a là dessous, autopsions la » c’est autre chose. 

Mon premier réflexe a été la honte car j’avais la sensation d’avoir failli à mes idéaux, à mon système moral. C’est-à-dire que pour moi la richesse réside dans le fait de permettre à chacun d’explorer les nuances des genres. Or, la pensée que j’ai eue (« il m’a dit monsieur -> il n’a pas vu que j’étais une femme -> je suis donc une femme moche ») était l’expression de la petite fille en moi qui voulait tellement, tellement rentrer dans le moule et me voir dans le regard de l’autre comme jolie, ce que le « bonjour monsieur » n’impliquait pas dans ce schéma de pensée. Cet événement me mettait face à mes contradictions et en général, on aime pas ça.

Pourquoi je parle de ce moment ? Car je trouve qu’en général on parle beaucoup de principes et peu de mise en pratique de ses valeurs. Parfois faire ce travail ressemble à du désherbage. Il faut faire le ménage dans toutes les plantes dont vous ne voulez plus dans votre jardin. Il faut les déraciner. Or, si vous ne faites que faire des moodboards sans jamais passer à l’action, votre moodboard est très joli mais ne deviendra jamais concret.

Pour en revenir aux cheveux qui repoussent (oui, je sais, je vous balade un peu dans tous les sens dans cet article, vous me suivez encore ?) : j’ai atteint une nouvelle zone d’inconfort. Déjà de par le temps nécessaire mais surtout par la difficulté de subir son apparence. D’un point de vue confiance en moi, la repousse a tout dévasté. Je me sens laide du matin au soir et chaque coup d’oeil dans le miroir me peine. J’ai beau me dire que n’importe quelle coupe peut être bien si la personne qui la porte l’assume fièrement… je n’y arrive pas. L’état de mes cheveux n’est pas en cohérence avec l’image que je souhaite renvoyer et c’est beaucoup plus pesant qu’il n’y parait. J’aimais l’image que renvoyait mes cheveux longs avec ma frange, j’aimais l’image de mes cheveux courts. Mais le chantier d’une repousse ce n’est qu’un amas de cheveux avec des longueurs différentes partout. Il n’y a aucune affirmation derrière à part l’image d’un certain laisser aller. J’ai du mal à accepter que cela se déroule au même moment où je rencontre de nouvelles personnes puisque j’ai déménagé l’année dernière. Je pense à toutes ces personnes qui n’ont que cette image que je déteste comme référence. 

Il y a sûrement quelque chose d’autre de caché derrière ça. Ce surgissement du rejet envers moi même m’envoie un signal. Je ne sais pas encore le déchiffrer, mais il est là. Possible que ce soit aussi parce que mon choix de faire repousser mes cheveux a été lié à une situation extérieure non choisie (les confinements) plutôt que comme une envie réelle de changer. A creuser ! Pour sûr, je me recouperai les cheveux en coupe garçonne à l’avenir, malgré la repousse qui m’attendra au tournant.

Finalement, vous ne trouvez pas que les cheveux sont un sujet bien plus profond qu’il n’y parait ? 🙂

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Se réinventer n’est pas se trahir

Peut-être êtes-vous dans une période où vous vous remettez en question. Peut-être êtes-vous à un moment de votre vie où vous voyez bien qu’il y a quelque chose qui cloche mais vous ressentez une forte inertie à faire quoi que ce soit. Changer est une nécessité pour avancer dans sa vie, pour aller vers ses envies, rêves, objectifs. Pourtant, rien n’est plus dur. On se confronte à cette image qu’on renvoie à l’autre, à ces adjectifs qui nous définissent (enfin… on pensait qu’ils nous définissaient). L’envie de changer peut se faire sentir mais comment passer le cap de l’action ? Après l’envie et la conviction que l’on doit changer, c’est la peur qui prend la place. « Que dirons les autres si je ne fais plus ça ? », « Est-ce que ma famille me reconnaîtra ? », « Qui suis-je si je ne suis plus ce personnage dans le schéma familial/amical ? »

Nous nous mettons tout seul dans des cases. On se convainc que les gens autour de nous souhaitent que nous remplissions tel ou tel rôle. Pourtant, nous pouvons changer si nous nous l’autorisons d’abord. J’ai la chance d’avoir autour de moi des personnes qui se sont toujours ré-adapté à mes changements, sans heurts. Des questionnements, des doutes, de la crainte, bien entendu, mais je suis assez têtue pour savoir quand m’écouter, et quand écouter les autres.

J’ai eu très peur de changer car je pensais que changer d’avis était la preuve de ma stupidité, de mon manque de conviction, alors que c’était tout l’inverse. Rester curieux et avoir envie d’essayer de nouvelles choses, c’est justement la preuve que l’on évolue. Mais ça, il m’a fallu du temps pour l’accepter. On a le droit de changer, et c’est même primordial. Je pensais pourtant que si je m’accrochais à ce que je pensais être, je trahirais mes principes. Or, lorsqu’on pense aux personnes que l’on connaît, celles qui sont le plus énervantes sont justement celles hermétiques à toute possibilité de changement.

Notre identité n’est pas fixe, elle est même plutôt difficile à verbaliser. Quand j’y pense, c’est plutôt une sensation qui me vient à l’esprit. C’est une conviction profonde que « Je Suis » et que cela suffit. Disons qu’au lieu de penser à moi en terme de mots, je pense à moi comme un être sensible, point. Je ressens une forte présence, une connexion à moi-même et qu’il n’y a plus à chercher bien loin (enfin, on s’entend hein, ça dépend des jours).

Les mots viennent sceller un concept sur ce que nous imaginons de nous même. C’est aussi pour ça que j’ai eu une étape où je me suis mentalement débattue avec les termes « Minimalisme, Zéro-déchet, Développement Personnel » lors de l’ouverture du blog. Je me sentais frustrée de devoir me mettre des étiquettes pour mieux être visible. Mais ce n’est pas grave. Ca changera avec le temps, comme tout le reste.

En acceptant les changements qui se sont offerts à moi ces dernières années, j’ai compris que mon identité était polymorphe et qu’il n’y avait aucun mérite à s’accrocher coûte que coûte à l’image que l’on se faisait de soi. On change, c’est tout. C’est normal. Potentiellement c’est le signe qu’on ouvre son horizon. Ne pas changer c’est continuer à avoir les mêmes problèmes. Rien de plus frustrant que de regarder quelqu’un se plaindre continuellement de la même chose sans qu’elle ne change quoi que ce soit, n’est-ce pas ?

Au fond, il faut juste garder notre regard sur notre propre route. Ne pas jalouser le voisin (je suis la première à échouer à cette épreuve mais j’essaye de m’améliorer). Ne pas se comparer, juste s’accepter. Aller de l’avant, essayer de résoudre ses problèmes un par un. S’encourager, se donner des petites tapes dans le dos. Et puis changer, ne plus être la même personne qu’il y a 1 mois ou 1 an. Les choses autour de nous évolueront en fonction de nos changements.

De l’amour sur vous,
On se revoit vite !

Humeurs: accepter ses cycles

Pour ceux qui sont inscrits à la Lettre du Weekend, cet article va sûrement vous rappeler des choses. Je vous ai récemment parlé d’une observation que je me suis faite à force d’aller chez le psy avec un air morose régulièrement. N’y allant que deux fois par mois (donc toutes les deux semaines), je me suis rendue compte que cette sensation revenait inlassablement, comme une vieille musique. J’avais l’impression de faire des boucles, de toujours revenir au même point.

C’est à partir de cette observation que j’ai commencé à comprendre, ou en tout cas à envisager l’impact de différents cycles se superposants dans mon quotidien.

Quels cycles ?

Le plus classique est bien sûr celui des règles, qui invariablement me provoque une énorme fatigue et me donne cette sensation de « Mais où vais-je ? Que fais-je ? Quel est donc le sens de la vie ? » . Une fois passé, une énergie indescriptible me propulse vers de nouveaux projets. Et ainsi de suite.

En parlant de cycles, je parle de manière toute aussi évidente celui des saisons. Je sais que nous sommes beaucoup sensibles à la météo, aucune surprise que ce sujet prenne autant de place dans nos conversations. Lorsque le temps se couvre, c’est comme si un lourd manteau de nuages qui embrumerait mes propres pensées. S’il fait gris, je le suis aussi. Le soleil revient et je retrouve ma bonne humeur. Les nuages s’éloignent, et soudain je me sens légère.

Dans mon cas, je ressens aussi des cycles d’ordres mentaux (je ne trouve pas de meilleur terme, si vous en avez, je prends). Il me semble que chacun a les siens, en fonction de son histoire et que ces vieux démons refont surfaces régulièrement sans vraiment pouvoir expliquer leurs venues. La sensation « que c’est toujours la même histoire ». Dans mon cas, nous pourrions penser à l’anxiété: elle s’en va, je m’habitue à cette nouvelle vie loin du souffle court, du ventre retourné, des douleurs intercostales et soudain, je sens que le vent se lève, que la marée monte. L’anxiété arrive et parfois sans avoir de cause identifiable. C’est pareil dans notre relation avec les autres: des cycles qui se répètent que ce soit dans nos amitiés, dans nos amours ou notre famille.

Notre société entière se base sur la notion de cycles, ce retour perpétuel, donc nous pourrions aussi penser aux différents cycles basés sur notre calendrier comme nos anniversaires, la rentrée de septembre, le nouvel an, et toutes ces dates qui reviennent encore et toujours. Ces dates peuvent être chargées d’émotions et nous savons qu’en les approchant, notre humeur va sûrement entrer dans une zone de turbulence.

Accepter son impuissance

Ne pas comprendre ses humeurs et se sentir impuissant face à cela, ce n’est pas agréable du tout. Il y a des jours où on subit ses propres humeurs ! La veille nous étions heureux comme un gardon et soudain, nous avons le regard terne !

Le point qui m’est le plus difficile est donc celui-ci: accepter que je n’ai pas le contrôle sur tout, pas même sur mes humeurs. J’aurai beau me mettre dans les meilleures conditions, il y a des jours où malheureusement je serais d’une humeur maussade à cause de je ne sais quoi. Je continue à me battre pour accepter mes humeurs et ne pas les prendre trop à coeur.

Par exemple, si je ressens que mon humeur est en berne, j’aurai tendance à le voir comme un problème et à vouloir modifier cela pour retrouver une bonne humeur, ce qui est tout à fait logique en soit. Or, si le problème n’est pas mon ressort direct, je me bats comme des moulins à vent. Je perds mon temps, mon énergie. Il n’est pas possible d’être constamment heureux. Je répète, il n’est pas possible d’être constamment heureux. Etre OK, j’imagine que ça l’est, mais HEUREUX, permettez moi d’en douter.

En ce moment, la réflexion est plutôt la suivante: tout d’abord remarquer mon émotion, me demander s’il y a une raison particulière et donc voir si j’ai une marge de manœuvre, dans le cas où il me semble n’y en avoir aucune je pars du principe que cela peut être: soit mes hormones qui travaillent, soit c’est mon pauvre corps d’humain en manque de rayons du soleil, soit tout simplement quelque chose qui se passe dans mon inconscient et dont je n’ai pas encore reçu le rapport.

Quand l’angoisse arrive, une tendance est de paniquer car nous savons ce qui nous attend. Maintenant, ces périodes se font plus calmes grâce à cette image des vagues que j’utilise désormais en cas d’urgence. Elles vont, elles viennent, je n’y peux rien. Cette vague d’angoisse s’en ira comme la précédente, sans même dire au revoir. Aussi, il arrive qu’il y ait des tempêtes en bord de mer, ou parfois des vagues particulièrement grosses. Or, lorsque c’est la nature, je n’essaye pas de les analyser, de savoir d’où elles viennent, je les accepte et j’attends. J’évite, au fond, de m’en faire une montagne. Il n’y a que comme ça (sur moi), qu’elles perdent de la puissance. C’est une prise de recul. J’accepte de ne pas tout contrôler, ni même de tout comprendre et honnêtement c’est difficile.

Quand il y a l’un, il y a l’autre

Un autre sujet, lié aux cycles, qui me travaille en ce moment est la notion de « double face d’une même pièce ». Cela s’applique aux cycles dans le sens où j’ai remarqué à plusieurs reprises que pour chaque chose, il y a souvent son pendant négatif ou positif qui traîne derrière. C’est aussi ce qui rend notre monde non pas blanc/noir mais très souvent gris.

Pour mieux vous l’expliquer, voici comment je le ressens dans mon quotidien: lors de ces vagues de tristesses liées à mon cycle de règles, je sais pertinemment que malgré l’inconfort, il me permet toujours de remettre à jour les priorités et que je repartirais l’esprit clair. Idem, lorsque l’angoisse pointe le bout de son nez, je sais que je vais passer un mauvais quart d’heure et pourtant je sais maintenant qu’elle n’est qu’un signal me montrant du doigt un sujet qui a besoin d’être traité en urgence. C’est inconfortable, mais lorsque je l’écoute patiemment et attentivement, je comprends quelle action je dois faire.

Ces cycles on les retrouve partout, même dans la structure nos livres, des aventures dont nous nous abreuvons au quotidien. Le squelette est toujours le même, et pourtant, on les dévore. Dans ma « nouvelle vie » si on peut dire, je pense souvent aux contes ou autres romans d’apprentissages pour me rappeler qu’il n’y a pas de victoire s’il n’y a pas de combat. Je grandis grâce aux obstacles que je passe. Ce n’est pas supposé être confortable, ce n’est pas supposé être évident. Parfois il y a des pièges, parfois on se fait avoir mais on apprend et on en ressort grandit.

Faire face à soi-même: Se penser invisible

Il fait 40 degrés dans ma chambre. Il est minuit passé et je me tourne inlassablement dans l’espoir de trouver le sommeil. Mes pensées commencent à vagabonder, elles perdent leur sens logique.

Soudain, je me rends compte que pendant tant d’années, tout au fond de moi, je croyais sincèrement être invisible. C’est comme une évidence. Il suffit de revenir sur certains souvenir récents pour m’en rendre compte.

Mon incompréhension en voyant plusieurs dizaines de personnes autour de moi pour fêter mon départ de mon ancienne boîte. Mon envie de me cacher lorsque L. me dit « mais tu sais Sibylle, les gens t’apprécient ». Quelques mois plus tard, les larmes qui me viennent aux yeux quand on m’offre un cadeau pour mon départ d’une autre boîte. Quand des gens m’invitent à sortir avec eux alors qu’ils ne m’ont rencontré qu’une seule fois. Les paroles douces de personnes qui me connaissent à peine. Je suis toujours étonnée quand quelqu’un me dit « Bien sûr que je me souviens de toi ! ». Je suis ébahie à la perspective d’être dans la mémoire de personnes qui n’ont pas de liens affectifs avec moi. Un refus d’être aimé.

Les compliments. Je n’ai jamais su les recevoir. Mon inconscient reste persuadé qu’ils ne s’adressent pas réellement à moi. J’ai plusieurs fois prononcé cette phrase « Bon, je sais que c’est simplement par pitié mais ça reste gentil de leur part ! ». Les compliments, je ne sais pas les voir comme sincère. Il y a toujours ce doute « Que souhaites-tu en échange ? ». J’ai toujours l’impression que l’on essaye de m’avoir, de m’extorquer quelque chose que je ne souhaite pas donner. Les compliments me font me sentir manipulée. Une petite lumière d’alerte s’allume dans les tréfonds oubliés de mon âme, celle de la méfiance, toujours prête à activer le système de défense.

L’écrire me rend triste, sincèrement. J’ai les larmes à l’oeil en me rendant de l’étendue du désastre. Une confiance perdue depuis si longtemps, sûrement une cassure quelque part dans ma jeunesse.

Petite, j’ai tellement, tellement souhaité disparaître. Qu’on oublie ma présence. Ne plus être là, invisible aux yeux de tous. J’aurai rêvé faire partie du papier peint. Il m’est souvent arrivé que l’on me dise « Tiens, je t’avais oublié » ou encore « tu es si discrète, quel est ton nom déjà ? ». La prouesse de me faire oublier où que j’aille. Passer du temps seule, sans parler, sans rien faire, je savais faire. Passer des jours entiers sans ‘vivre’ les moments mais simplement observatrice passive accrochée aux jambes d’un de mes parents. La panique à la perspective d’être inclue dans une quelconque activité. Un enfant apeuré.

On me l’a reproché. Beaucoup. Parfois cela revient encore sur le tapis. Un poids pour les gens autour de moi. « Pourquoi ne peux-tu pas simplement être comme les autres ? »

Parce que voir quelqu’un ne pas passer un bon moment, même si c’est un enfant, on lui en veut. Ne jouons pas les naïfs, nous avons tous été dans la situation d’en avoir contre quelqu’un qui « pourrit » l’ambiance car il ne fait pas semblant de s’amuser.

Il existe une ambivalence très forte en moi : l’envie profonde de disparaitre et ces éclats de vie tonitruants et incontrôlables. Rire, ce radeau de sauvetage. Je ris à gorge déployée, je parle fort, je fais des gestes disproportionnés quand je raconte une histoire. Rire renvoie tous mes doutes au fin fond de mon être. Ce sont quelques secondes de repos où mes doutes s’évaporent.

C’est là que j’ai compris le but de ce blog, quel cheminement j’étais entrain de faire. Ce blog, il n’est pas comme ceux que j’ai pu avoir avant. Mon mal être suintait dans toutes les lignes, dans tous les mots que j’écrivais. C’était un moyen de me débarrasser de ce poids que je n’arrivais pas à porter. Même si le moyen reste le même (Helllooo, de toute évidence ce n’est pas la joie de vivre qui suinte dans ce post), je m’expose et j’en ai pris la décision.

J’ai décidé de ré-ouvrir un blog.

J’ai décidé de parler non pas pour évacuer mon trop plein d’émotion mais pour témoigner que les choses changent constamment.

Je n’ai pas honte d’écrire là dessus, car je ne suis pas seule. C’est évident. Je le sais. Je ne suis pas la seule petite fille qui a eu envie de disparaître beaucoup trop tôt dans sa vie. Je ne suis pas la seule petite fille à avoir nourri la peur de mourir sur le champs si j’ouvrais la bouche devant des inconnus. Je ne suis pas la seule petite fille à avoir une peur incontrôlable du jugement.

Hier soir, j’ai donc compris que si je prenais le risque d’ouvrir ce blog, c’était tout simplement qu’un changement s’opère: j’accepte d’être vivante et visible alors que depuis mon enfance, à force de refuser de l’être, je m’étais convaincue que j’étais réellement devenue invisible. C’est fou. C’est triste.

Mais rien n’est figé, non, rien n’est jamais figé.

Je suis heureuse d’avoir mis au jour cette partie de moi. Je savais qu’elle était là, mais je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Je ne sais pas d’où elle vient, pourquoi j’ai vécu de la sorte, mais damn. C’est une expérience forte de faire face à soi de la sorte.

Je rends le micro sans conclusion car je n’ai pas envie d’épiloguer. Ce post n’est finalement qu’une introduction.

Les bases #1 – C’est ok d’être différent

Bienvenue dans une petite série d’articles nommé Les bases ! Les bases de quoi ? De l’acceptation de soi, de l’amour propre, d’estime de soi, appelez cela comme vous le souhaitez. Réfléchir autour de ces sujets vous permettra de repartir sur des bases saines, qui seront essentielles pour prendre les bonnes décisions dans votre vie. (damn, je vois grand)

Nous sommes tous d’accord avec cette phrase en général: « C’est ok d’être différent », nous nous sommes même sûrement déjà entendu dire que oui, nous sommes tous uniques, chacun son chemin, il ne faut pas se comparer aux autres, non, non, non.

Sur le principe, on est tous d’accord.

Mais dans la pratique, dès que vous faites un pas de côté, vous sentez soudain tout le poids des injonctions de la société sur vos petites épaules. Tout le monde, en pensant bien faire, vous rappelle que ce que vous faites n’est pas dans les clous. « As-tu pensé aux risques ? », « Es-tu sûre que tu ne vas pas le regretter ? »,  etc.

Pour donner un exemple, il n’y a pas spécialement de métiers créatifs dans ma famille. À la dernière réunion de famille, j’avais déjà posé ma démission et je me préparais à être au chômage (finalement un travail s’est présenté après, mais à ce moment là, ce n’était pas encore fait). Vous n’imaginez pas la peur que ça a été. J’étais rongée de l’intérieur par l’idée de leur annoncer que je partais, et que j’allais tête baissée vers le chômage et que c’était mon choix ! J’ai décidé de ne rien dire, que j’avais le droit de ne pas en parler. Je ne sais pas si c’était la bonne décision mais en tout cas ça m’a évité de passer une journée entière à raconter mon histoire toute fraîche et douloureuse à tout un chacun.

Vous n’avez pas à justifier vos choix.

Je ne pense pas que c’était une bonne chose de ne pas en parler à ma réunion de famille, car pour ça j’ai dû mentir mais avec le recul je me rends compte que j’ai le droit de ne pas parler de choses qui me mettent mal à l’aise. Les gens n’ont pas de droit sur vous. Maintenant, quand je sens que je vais vers une conversation qui ne me plait guère, je préfère le dire directement à la personne.

« Je suis désolée, je sais que tu n’as pas de mauvaises intentions mais je ne souhaite pas en discuter maintenant. »

Les gens comprennent. Ils seront sûrement surpris par votre refus, mais c’est une réaction normale ! Si la personne insiste par contre, vous avez le droit de lui expliquer que vous n’irez pas plus loin dans la conversation, point. Je me doute bien que c’est simple à écrire sur papier mais que pour certaines personnes c’est impensable de refuser une conversation mais vous y arriverez, et vous vous sentirez soulagés. Je jure que le monde ne s’écroulera pas, parole d’angoissée ! 🙂

Vous vous différenciez, et ça c’est bien !

On dit de moi que je suis parfois un peu bizarre, on m’a aussi qualifié de lunaire et même deux fois de mystérieuse ?! Je ne l’ai pas décidé. Pendant longtemps j’aurai préféré être « comme tout le monde » (what does it even mean?) car ces différences ne sont que le résultat de mes angoisses, de mon mal être profond qui m’a longtemps empêché d’être à l’aise dans le monde, et avec le temps je me retrouve dans un mélange entre « très à l’aise » et « envie d’aller me mettre en PLS dans un coin de la pièce » non anticipable. Néanmoins, j’ai lâché prise. Je n’y peux rien, donc… Je m’en fous. Même si parfois la situation peut me frustrer.

On arrive pas à me mettre dans un case ? HELL YEAH! C’est plutôt pas mal finalement, si ça peut permettre que l’on se souvienne de moi ! Être différente ça peut aussi permettre d’avoir des liens privilégiés avec les gens: certaines personnes viennent discuter avec toi car tu les as intrigué. Quand je dis cela, je pense aussi aux gens très timides, qui peuvent passer des journées entières sans ouvrir la bouche, car il arrive souvent qu’il y ait une personne qui vienne à votre rencontre pour vous mettre à l’aise et cela donne souvent  place à des relations tout de suite très amicales.

La conclusion a cet article, c’est que votre capacité à accepter vos différences est très fortement reliée à votre relation aux autres, puisque les différences n’existent que dans un contexte où il y a plusieurs éléments. Une différence nait d’une comparaison. Ne plus avoir peur de ses différences, c’est aussi ne plus avoir peur de la comparaison avec les autres. C’est dur, je sais… mais vous y arriverez !

À très vite pour discuter d’un nouveau thème dans la rubrique « Les bases » !

Sibylle