Réflexion : le yoga, mon pèlerinage ?

Aujourd’hui, je reviens avec un article portant sur une interrogation en cours dans mon esprit. Ce n’est pas un article pour donner des conseils ou pour expliquer quoi que ce soit. Ici, c’est uniquement un questionnement, une ouverture, un point d’interrogation et non pas un point final.

Voilà, je sortais de mon cours de yoga ce matin et je me suis posé la question suivante: « Est-ce que ma pratique du yoga ne s’apparenterait-elle pas à un pèlerinage ?« .

Que je vous donne le contexte: je suis actuellement entrain de lire un livre s’intitulant « Le pèlerin désorienté qui cherchait Kyoto à Compostelle » où le narrateur nous raconte ses différentes expériences de pèlerinages. Le premier étant Saint Jacques de Compostelle en Espagne, le second Shikoku O-Henro au Japon et le dernier Roch Hachana en Ukraine (mais ce dernier se révèle complètement à part des autres).

Gideon nous décrit son introspection mais aussi la manière dont se déroule pour lui ces trois pèlerinages. Les kilomètres avalés, la résistance face à l’effort, l’acceptation qui engendre un lâcher prise face à la tâche à accomplir, le partage avec les autres pèlerins ainsi que la solitude et la remise en question.

Ce qui m’intéresse dans ce livre est l’impact qu’a cette expérience sur le corps et l’esprit. Lors de son pèlerinage au Japon qui est en forme de boucle (à l’inverse de Saint Jacques de Compostelle qui est en ligne droite), l’acte de marcher semble devenir le but. Ce n’est plus le dépassement ou le fait de réussir cet exploit mais simplement le fait de mettre un pas après l’autre qui est l’aventure même. Le mouvement est l’expérience. Il expliquera même qu’il finira par comprendre pourquoi certaines personnes y consacrent leurs vies et tournent indéfiniment dans ce circuit clos.

Rien à voir avec le yoga jusqu’ici, je vous l’accorde.

Comme je vous le disais, je sortais d’un cours de yoga (Vinyasa) lorsque la métaphore du pèlerinage m’est venue en tête. Juste avant cette pensée, je me faisais la réflexion qu’en ce moment j’avais autant envie d’essayer de nouveaux asanas que de ne pas en essayer. J’étais indifférente car aussi heureuse d’approfondir que de me challenger.

J’y ai vu le parallèle suivant : le parcours de Saint-Jacques avec sa pensée en ligne droite et son but final m’a fait penser à mon envie d’accéder à une posture particulière ou à mon envie d’un jour avoir une certification de professeur. Un début, une fin, un milieu où on en chie autant qu’on grandit. Le parcours japonais en cercle m’a fait penser à ma pratique d’un point de vue général. Je ne compte plus les tours et mon corps alterne entre révolte, abandon, acceptation, changement et chaque tours reste différent du précédent malgré que je connaisse déjà le chemin.

Tant que le corps bouge, le but est atteint. Je continue à le bouger, à circuler dans le parcours, c’est tout ce qui compte. Je continue perpétuellement à me découvrir sous un nouvel angle. Un jour je me vois sous le jour d’une guerrière inarrêtable avec le feu qui l’habite et le lendemain douce et vulnérable. J’y trouve un accès à l’instant présent comme Gideon lorsqu’il marche. On avance mais de nouvelles résistances continuent à se manifester encore et encore. Il n’y a pas de début ou de fin, le contexte se répète mais mon attitude face à ces résistances, elle, change.

Je vous pose donc la question: est-ce que cette réflexion fait écho en vous ? Voyez-vous le chemin que fait mon esprit ? Bien sûr, ma pratique du yoga n’a pas l’aspect sacrificiel et douloureux que peut l’être le pèlerinage mais j’y vois comme terrain commun un moyen d’introspection très puissant.

Dites moi ce que vous en pensez,

A bientôt,

Sibylle

Publicité

C’est quoi se sentir chez soi ?

C’est quoi se sentir chez soi ?

Depuis plusieurs années, je me questionne sur le sentiment d’être chez soi et le concept de la Maison. Je le recherche sans avoir l’impression de le trouver. Est-ce que je suis à la maison dans les endroits où je déambule sans jamais avoir besoin d’un quelconque plan car la carte s’est imprégnée jusque dans mon être ? Est-ce là où se trouvent la majorité de mes affaires ? Est-ce là où j’ai envie de poser mes valises pour plusieurs années ? Est-ce là où j’ai des centaines de souvenirs qui parsèment les rues ? Est-ce l’endroit où j’ai passé le plus de temps dans ma vie ? Qu’est-ce qui définit la Maison ? Est-ce définit par la sensation de bien-être qui m’envahit quand j’arrive à un endroit précis ?

Paris ? Nantes ? Ailleurs ?

Pourquoi est-ce que le seul endroit où je me sens pleinement à la maison est un endroit où je n’ai pas vécu ? Où je n’ai pas d’amis ? Aucun bâtiment faisant office de port d’attache.

Pourquoi est-ce que Paris ne me donne plus l’impression d’être chez moi malgré les souvenirs, mes amis et le toit sur ma tête ? D’autant plus que je suis dans un quartier que je connais comme ma poche où l’histoire familiale est présente à chaque coin de rue.

Pourquoi est-ce que Nantes n’est pas exactement ma maison non plus ? Malgré l’attachement que j’ai pour cette ville où j’ai doucement grandi pendant plus d’une décennie. Je la vois enfin avec l’oeil neuf du touriste et pourtant il suffit d’un weekend pluvieux pour me rappeler la longueur des hivers tellement humides que j’abandonne toute perspective d’avoir les cheveux domestiqués. Même le vent me semble différent de celui de Paris. Pourquoi ?

Mes racines sont là, éparpillées mais elles ne m’apportent pas le réconfort que j’en attends.

Où est mon Heimat ?

Je me doute que si l’on est bien dans sa tête, on se trouve bien n’importe où mais cela m’interroge sur deux points: le premier voudrait dire que je peux être entièrement et pleinement épanouie ici sauf que je ne le suis pas. J’ai bien conscience que j’ai sûrement bâti une résistance sur ce point. J’ai envie d’aller voir ailleurs, et cela m’obsède. Je me dis, Sibylle cela fait déjà plusieurs années que tu souhaites partir, et tu es toujours là, empêtrée dans le filet parisien ». Je m’en fais une montagne.

Le deuxième point est le suivant: est-ce que mes envies de retourner près de l’océan, de changer de paysage, d’avoir un extérieur ne sont pas valides ? Sont-elles simplement des illusions données par mon cerveau ? Pourquoi est-ce que tout ce que je souhaite serait nécessairement superficiel ? Certains ont envie de changer de vie et d’avoir des enfants en dehors de Paris, personne ne les questionne. Leur choix semble compréhensible pour tout le monde. Pourquoi est-ce que je me sens tant illégitime de vouloir des choses ? Pourquoi est-ce que je remets constamment en question chacune de mes envies profondes ?

Ces questions nous emmènent à la plus importante de toute: Pourquoi est-ce que je ne fais pas confiance à ma petite voix ? Où est-ce que ça bloque ?

Ma première maison reste mon corps, la coquille que je trimballe avec moi nuit et jour. Je dois peut-être apprendre à l’habiter avant tout, au lieu de la squatter comme si on allait me l’enlever incessamment sous peu.

Je laisse ces interrogations en suspend.

A très vite,

Sibylle