Pourquoi il faut repenser l’usage du téléphone

Recevoir des mails, des textos, des appels, du courrier, des messages sur messenger, des messages sur instagram, c’est trop pour moi. C’est tout simplement trop.

Trop de conversations simultanées

Mes notifications sont déjà réduites au minimum depuis plusieurs mois et je passe le plus clair de mon temps avec le téléphone en mode « Ne pas déranger ». Malgré tout, il m’arrive d’avoir simplement envie de l’abandonner quelque part. Centraliser mes moyens de communication dans une seule interface commence à devenir un besoin urgent. Cette démultiplication des messageries cache parfois la réalité: une montagne d’interactions journalières.

Eparpillées sur plusieurs applications, nous pouvons avoir l’impression que tout va bien. Seulement quelques messages ici, d’autres là bas… mais nous nous retrouvons à avoir… des dizaines de conversations en parallèle ! Ce ne sont pas des discussions que vous avez les unes après les autres car vous croisez X ou Y personne dans la rue. Ce sont réellement des conversations qui se passent au même moment. Lorsque vous répondez à une personne, vous pouvez avoir une notification qui vous prévient que quelqu’un a interagit sur une autre.

Le cerveau peut être fatigué de jongler entre plusieurs sujets et un autre concept se dévoile… ces conversations n’ont pas de fin.

Perdre le goût de l’échange

Le téléphone me semble indispensable. Je souhaite pouvoir appeler les secours, retrouver mon chemin ou prévenir d’un retard. Néanmoins, je vois bien qu’il y a quelque chose qui cloche et qui créé de l’inconfort. Il faut que quelque chose change, que je réfléchisse à un nouveau système qui me conviendrait mieux. Ces habitudes sont finalement assez récentes mais je commence à me rendre compte à quel point elles sont déjà ancrées (addiction j’entends ton nom ?).

Souvent, j’aimerai mettre tout sur pause. Parfois, je n’ai même pas envie de répondre aux messages, même si ce sont mes amis. Il y a tout le temps un nouveau « projet » qui démarre. Un projet ! Est-ce normal que ce soit l’impression que cela me donne ? Voir mes amis devient donc un projet où je dois être pro active ? Oh man. Toujours de nouvelles choses à organiser, des doodles à créer, des dates à booker, des cafés à replanifier.

C’est n’importe quoi.

Ce qui m’inquiète c’est aussi de me dire que cela, je le vis… à mon échelle ! Une toute petite échelle ! Je n’ose imaginer pour les personnes connues ou des personnes qui retrouvent 15 appels manqués lorsqu’ils prennent simplement une heure pour aller au sport…

Reprendre le contrôle

Je ressens le besoin de reprendre le contrôle sur tout cela. Il y a quelques mois, j’avais pris la décision d’enlever Whatsapp qui prenait de la place sur mon téléphone. Est-ce que Messenger est le prochain sur la liste ? J’y réfléchis. (note: je relis l’article, et il s’avère que l’application ne marche plus sur mon téléphone depuis quelques jours. J’imagine que cela règle l’affaire)

Imaginons, je fais un ménage radical. Je repars de zéro. Génial ! Sauf que… je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces conversations qui resteront sans réponse car les personnes ne sauront pas que j’ai quitté la plateforme.

Un point important à soulever: est-ce que je ne serais pas entrain de me laisser tyranniser par… la technologie ? Sauf que c’est moi qui utilise cette technologie. C’est moi qui installe ces applications. C’est moi qui accepte de rentrer dans la danse, donc on y revient toujours: c’est à moi de prendre mes responsabilités sur la manière dont j’utilise mon téléphone. Personne ne m’oblige à le prendre en main toutes les 5 minutes.

Je suis donc entrain de réfléchir à différentes types d’organisation. Pour l’instant, elles ne sont pas testées mais voici mes pistes de réflexion:

Idée #1: Éteindre le téléphone sur certaines plages horaires

De cette manière, je m’assure un nombre d’heures où personne ne peut me demander quoi que ce soit. Naturellement je me dis que je pourrais faire ça le soir pour m’empêcher de regarder mon téléphone juste avant de dormir sauf que c’est en général le moment où mes parents m’appellent. Je n’aimerais donc pas que cela engendre un espacement de nos appels. Peut-être que l’inverse est envisageable: décider que je n’allume mon téléphone qu’à partir de 16h par exemple ce qui pourrait me permettre de passer la matinée et une partie de l’après-midi sans téléphone.

Idée #2: Désinstaller Messenger, poster sur Instagram uniquement via Gramblr

Dans ce cas de figure, j’enlèverais donc les deux applications de mon téléphone. Deux questions me viennent en tête: comment expliquer aux gens sur Instagram que je ne vois pas leur DM ? D’autant plus que c’est la messagerie qui au final est la plus agréable d’un point de vue contenu. J’ai vraiment la sensation que les échanges sur instagram de part leurs caractères bienveillants sont ceux qui me font le plus de bien. Néanmoins, je vois bien que je n’arrive pas à avoir une utilisation saine de cette application. Les notifications sont toutes désactivées mais cela ne m’empêche pas de vérifier toutes les 5 minutes si quelque chose de nouveau s’est passé… Bad habit.

Idée #3: Avoir un téléphone qui sert qu’aux urgences

Bon. C’est sûrement l’option la plus radicale. Changer de numéro, ne donner le nouveau uniquement à sa famille/conjoint·e et donc devenir injoignable pour le reste du monde. Comment ferait-on pour me joindre alors ? Dans ce cas, j’avais en tête de supprimer uniquement les appels et les SMS donc je suis toujours disponible sur les autres plateformes. Messenger, Instagram, mails: on reste loin du mythe de l’ermite.

Je n’exclue pas qu’il devient de plus en plus désagréable de changer de numéro avec tous les comptes qui sont liés ensemble (ex. votre numéro de téléphone est lié à votre compte bancaire, etc). Aussi, je ne sais pas comment je réussirais à ne pas vexer la personne en face de moi lorsque je refuse de lui donner mon numéro malgré notre amitié.

Idée #4: Faire une plage horaire unique où je vérifié mes messages

Ici, nous prenons les choses sous un autre angle. Je ne désinstalle rien, la seule chose qui change est mon self control. Ce n’est donc pas l’option la plus facile à mettre en place paradoxalement puisque je peux retomber à tout moment dans mes travers actuels. Le but serait donc de décider d’un horaire où je ferais le tour de toutes les plateformes et où je répondrais aux messages les uns à la suite des autres sans déroger. Le plus compliqué est de garder la tête froide et de ne pas me dire « ah tiens, et si je vérifiais juste une fois ? ». Je sais qu’il existe des applications qui bloquent carrément l’accès aux applications que nous avons désignées mais j’ai toujours détesté me sentir contrainte… Je pourrais néanmoins tester.

Idée #5: Centraliser toutes mes messageries sur une seule application

Il existe plusieurs applications dont le but est de centraliser tous vos messages pour vous éviter de sauter constamment d’une application à l’autre. Pour ce faire il faut bien sûr donner accès à ses comptes à l’application (j’en vois déjà qui grincent des dents). Pour l’instant je n’en ai trouvé aucune qui répondait exactement à mes besoins. Dans celles que j’avais regardé à l’époque ce n’était au final qu’une fenêtre regroupant plusieurs onglets (Slack, Messenger etc) ce qui n’est pas ce que je cherche. Je cherche quelque chose qui va plus loin et qui par exemple aurait une forme aussi simple que celle des messages textes et qui prendrait en compte TOUT. Les messages seraient donc tous présentés les uns à la suite des autres avec la même esthétique que ce soit mail, sms, instagram, messenger,… En arrivant sur l’application j’aurai donc l’impression d’aller voir mes sms sauf qu’en réalité ce seraient toutes mes interactions réunies.

Avez-vous d’autres idées ? Avez-vous un système qui marche pour vous ? Est-ce que vous ressentez aussi ce poids des conversations simultanées ?

Je reviendrais vers vous si je trouve une manière de faire qui me convient 🙂

A très vite,

Sibylle

Publicité

Perfectionnisme: quel type êtes-vous ?

Dans notre vie professionnelle, nous avons tous rencontré des personnes s’auto proclamant perfectionnistes, le brandissant comme une de leur qualité principale dans leur travail. Pourtant, il m’est arrivé d’en observer et quelque chose me dérangeait. Un je ne sais quoi qui instaurait le doute. Quand je pense au perfectionnisme, la première image qui me vient est celle de l’artisan et du savoir-faire. La qualité, délicatesse, le bon geste. Une manière de travailler qui ne prend pas des raccourcis cache misère pour plus de productivité. Un processus de travail en dehors du temps et de la notion de rentabilité. C’est mon image d’Épinal.

Pourtant, en observant certaines personnes un je ne sais quoi m’a perturbé. Leur perfectionnisme m’interrogeait.

Ils n’allaient pas toujours au bout de leur projet mais avaient tendance à recommencer encore et encore. Ils s’échinaient à mettre les premières pierres de leur projet dans différents ordres mais ne passaient pas à l’étape suivante. Ils semblaient bloqués dans une boucle. Ils recherchaient la perfection dans un brouillon au lieu de chercher le potentiel dans le entrain de s’écrire.

Est-ce qu’on ne confond pas perfectionnisme et doute ?

Dès que nous parlons de projets qui n’aboutissent pas ou des personnes qui ont tendance à procrastiner, le mot de perfectionnisme revient sans cesse. « Si je n’arrive pas à aller jusqu’au bout c’est que j’ai peur que ça ne soit pas à la hauteur de mes attentes. J’aimerai que ça soit parfait. » Je me demande si nous n’utilisons pas ce terme par habitude. Quelqu’un recommençant depuis le début inlassablement trouvera plus de réconfort dans le mot « perfectionnisme » que s’il se dit « merde, je n’ai pas confiance en moi ».

Pourtant, je pense qu’il y a bel et bien des perfectionnistes. Disons qu’instinctivement je les vois plutôt comme des gens avec une vision précise de ce qu’ils souhaitent accomplir. Ils ne tergiverseront pas pendant des heures car ce n’est pas le doute qui les habite mais la confiance. Ils savent jusqu’où ils souhaitent mener leur projet et le visualisent dans le moindre détail. Ils savent détecter quand ce qu’ils ont produit représente une bonne base et se mettent à l’améliorer sans cesse jusqu’à ce que cela rejoigne au maximum l’image qu’ils ont en tête.

Deux approches différentes

La différence n’est pas aussi nette et précise dans la vie mais je vois néanmoins une réelle différence dans les deux approches.

L’une espère créer en une seule fois quelque chose d’idéal qui ne nécessiterait pas d’amélioration majeure. Réussir à sortir de soi quelque chose à l’état quasiment fini est un projet pratiquement voué à l’échec… C’est un but inatteignable pour beaucoup de mortels, ce qui peut en paralyser plus d’un.

La deuxième approche me semble être plus objective sur la manière d’aborder un projet. Elle prend en compte la notion de potentiel et d’amélioration que semble réfuter la première. Son perfectionnisme est déterminé et n’est pas le symptôme d’un doute face à ses capacités. Il sait ce qu’il vaut et ce qu’il veut. Il ne lâchera pas tant que son projet n’est pas au niveau mais il ne repart pas de zéro indéfiniment. On solidifie les bases, et on avance. Il voit tous les détails qui nécessitent d’être améliorés et il le fait. Il est exigent mais juste.

Et moi ?

Pour ma part, je ne saurais me situer. J’aurai peut-être dit que j’étais perfectionniste en sortant de l’école mais rétrospectivement je pense que cela aurait été un moyen de cacher mon manque de confiance. Le problème, c’est qu’en étant à la recherche de la perfection, je finis toujours insatisfaite et rien ne trouve grâce à mes yeux. J’essaye de ne plus partir à la recherche de l’impossible mais du meilleur que je puisse fournir avec les facteurs environnants comme le temps alloué au projet, quel est son but, etc. Faire du mieux que je peux sans non plus y laisser ma peau.

Disons que maintenant, je n’ai pas ce mot qui me vient en tête en premier si je dois me décrire.

De votre côté, est-ce que vous voyez où je veux en venir ? Est-ce que vous avez eu des collègues présentant une de ces deux approches ? Peut-être même est-ce vous même ? 🙂

À bientôt,

Sibylle

Restreindre mes achats vestimentaires: 1 an après

Dans l’article Minimalisme #3: passer à l’action, je vous parlais de vous donner des objectifs chiffrés concernant vos achats parasites pour vous donner une feuille de route à suivre. En écrivant l’article, il m’a semblé être intéressant pour vous que je partage dans le détail où j’en suis.

Mon problème initial est que je consommais de manière irréfléchie le prêt-à-porter. Mon objectif en septembre 2017 était de n’acheter qu’un seul vêtement/accessoire/etc par mois. Pour beaucoup ce chiffre semblera toujours énorme, mais pour moi c’était un véritable challenge.

Lire la suite

Créatifs: gérer son doute

Je souhaiterai aujourd’hui parler d’un schéma tout simple dont on m’avait parlé lorsque je travaillais dans une agence. Ce schéma avait beau être simple comme bonjour, il m’avait créé un déclic vis-à-vis de la tendance des créatifs au perfectionnisme.

Les métiers créatifs font appel au subjectif, à notre oeil esthétique et fonctionnel. Même lorsqu’il projet est fini, vous pouvez ressentir un doute. Vous auriez toujours pu faire quelque chose différemment. L’ombre du projet révolutionnaire qui ne nous est pas venu plane sur notre inconscient. Ai-je été suffisamment créatif ? beau ? impactant ?  mémorable ? Aurai-je pu trouver un idée qui aurait donné une dimension supplémentaire au projet ?

Nous voulons montrer le meilleur de nous même. Nous souhaitons être fiers de chacun de nos projets et sentir que ce que nous avons créé est le fit parfait pour le projet.

Cette pression que nous nous mettons au quotidien peut provoquer le doute. Le risque est de ne plus réussir à « lâcher le morceau » car nous sommes persuadé que nous pourrions mieux faire, que si nous continuons à chercher nous réussirons à atteindre ce moment béni où nous savons que tout est à sa place et que rien ne doit être changé. Certains se mettent donc à gamberger à une étape de la conception voire même à prendre du retard sur le projet.

Le schéma qui se trouve en photo principale me permet de toujours remettre mon problème en perspective avec la problématique globale du projet que je traite.

Le schéma prend en compte la notion de temps, ce qui nous amène à une notion de productivité… Ce qui peut être un sujet houleux dans nos métiers (je pense en parler dans un prochain article). Ce qui m’intéresse dans ce schéma, qui est certes tout à fait arbitraire et non vérifiable mais qui est pertinent à mon sens, c’est qu’à partir d’un moment, nous commençons à perdre notre temps. La qualité n’augmente pas proportionnellement au temps que nous y passons.

Au début de la création, c’est là que nous avons le plus valeur ajoutée car nous installons les bases, nous sommes dans la phase de recherche et de création, nous passons du non existant à l’existant. Je sens que je change de phase au moment où je me prends la tête pour savoir si je mets quelque chose quelques pixels plus haut ou quelques pixels plus bas et que par dessus tout, j’y reviens encore et encore ! Passer une heure à faire, puis défaire, puis refaire… Nous l’avons tous fait, et maintenant, je le vois comme une perte de temps.

Quand je commence à aller dans une boucle comme celle-là, je repense à ce schéma et je me demande: « Est-ce que cette modification change réellement quelque chose ? Aide-t-elle à la compréhension ? Est-il nécessaire pour mon projet dans sa globalité ? Quelle est la problématique initiale ? », etc.

Cela peut aussi être utile lorsque nous avons des vagues et des vagues de retours sur des petits détails sans valeur ajoutée. Travailler sur le détail n’est pas une mauvaise chose, qu’on me comprenne bien, mais faire quinze, voire trente retours sur le même point me semble en être une.

Parfois, nous devons donc nous faire confiance. Faire confiance en notre oeil créatif. Nous avons fait telle chose à cause de X ou Y raison. Demandez l’avis à une personne en qui vous avez confiance quel est son avis pour voir s’il bute sur le même détail. Prenez en compte ses propositions de retours, car vous savez qu’ils sont pertinents. Apprenez à lâcher prise. Il y a une marge entre ce que nous avons en tête, et ce que nous créons. C’est la frustration ultime, et nous travaillons pour la réduire au maximum mais il ne faut pas que cela devienne un piège dans lequel nous sautons à chaque projet.

À très vite,

Sibylle

Interview Créa #1 – Manon Lecor

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle catégorie sur ce blog : L’interview Créa ! Mon but étant de partager avec vous des portraits de personnes créatives exerçant des métiers différents les uns des autres. J’aimerais que l’on y discute de nos méthodes de travail pour créer, nos inspirations, nos blocages, nos doutes… Que vous exerciez un métier dit « créatif » ou non, vous pourrez vous y retrouver, découvrir comment ces personnes abordent leurs projets et même parfois tomber sur un mot, une phrase, qui résonnera en vous et vous aidera à avancer sur vos propres projets.

Pour cette tout première interview, je suis très heureuse de vous présenter celle de Manon Lecor ! Vous avez pu voir dans mon précédent article Minimalisme #2: blogs & réseaux sociaux qu’elle faisait partie des personnes qui m’inspirent au quotidien. Manon tient donc un blog sur le minimalisme, le zéro déchet et la mode éthique. J’aime son franc-parler et surtout son refus de rentrer dans une case bien définie. Elle n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat quand elle en ressent le besoin, et j’apprécie cette envie de ne pas être une « vitrine » bien propre, bien lisse de soi-même sur les réseaux sociaux.

Pour cette interview nous allons nous intéresser à son travail d’écriture car Manon est aussi écrivain. En parallèle avec son activité en auto-entrepreneur de formation en réseaux sociaux et rédaction web, elle a publié son premier roman « Quand s’en ira la peur ». Elle est en ce moment en plein travail d’écriture sur de nouveaux manuscrits et son prochain roman ne devrait pas tarder à trouver maison d’édition à son pied. C’est en tout cas tout le bien que je lui souhaite !

Pour commencer, te considères-tu comme une personne créative ?

J’ai mis du temps à l’admettre mais oui ! Il faut bien le dire, je suis une personne qui s’épanouit dans la création. Pour mon cas, ce sera surtout l’écriture et la photographie, parfois le dessin. Avec du recul, même j’ai toujours été dans cette logique de « création » mais sans le savoir évidemment car personne ne vient nous dire un jour « dis donc, quelle créativité ! ».

Pour beaucoup de personnes, il est difficile de se lancer dans un projet créatif (comme celui d’écrire un livre). As-tu eu du mal à te lancer dans l’écriture de ton premier roman ?

Se lancer n’est pas le plus dur. Le plus dur c’est d’aller au bout. Quand j’ai commencé à écrire mon livre, j’étais dans une période calme, une période « de rien », j’avais du temps et j’ai commencé à écrire quelques lignes sur mon ordinateur. Puis ça a donné une vingtaine de pages. J’ai alors compris que quelque chose pouvait naître… Et c’est là où la difficulté commence. Comme un footing qui commence comme une promenade et qui se transforme peu à peu en marathon, ce serait dommage de ne pas franchir la ligne d’arrivée.

Maintenant que tu en es à l’écriture de ton quatrième roman, as-tu trouvé la méthode de travail qui te convient pour écrire ?

J’ai écrit 2 romans, l’un est publié, l’autre est envoyé aux maisons d’édition. Je travaille sur deux autres manuscrits en même temps. Pour le premier, je n’ai eu aucune méthode et ça a rendu la tâche bien plus douloureuse. Pour le deuxième, j’ai appliqué une méthode. Élaborer un plan et mon idée était aussi plus précise. Pour le troisième, je suis en roue libre et le quatrième, je fais comme pour le deuxième : un plan précis et en plus une discipline de fer : j’écris tous les jours 1000 mots. Je compare souvent la démarche créative au sport, mais si on ne se donne pas des objectifs, il y a le risque de se laisser aller et laisser le temps passer. Hors le temps est la composante la plus importante pour la création.

[…] une discipline de fer : j’écris tous les jours 1000 mots.

T’est-il déjà arrivé d’avoir des blocages créatifs comme celui de la page blanche ? Si oui, comment as-tu réussi à le faire passer et comment évites-tu d’en avoir ?

Ce n’est pas tant la page blanche, mais plutôt le « je suis nulle ». Parfois, je me force à écrire alors que mon mental me hurle que je suis nulle, que ce que j’écris est mauvais, mais tant pis j’avance. Après je relis. Parfois c’est nul, mais au moins j’ai avancé dans mon histoire et je peux le rectifier. Parfois, c’est pas si mal et deux trois retouches suffisent pour améliorer le texte. Il faut en tout cas y aller. Les artistes, les créatifs d’aujourd’hui et d’avant aussi, n’ont toujours montré que le meilleur mais il faut faire des choses mauvaises pour faire des choses bonnes. Je compare ça plutôt à la cuisine au lieu du sport cette fois-ci : parfois, on fait un excellent gâteau et la fois suivante, avec la même recette, il n’est pas bon. L’histoire de quelques degrés dans le four ou alors une autre marque de farine. Et parfois quelque chose qu’on considère comme mauvais va être adoré par les gens.

[…] mon mental me hurle que je suis nulle, que ce que j’écris est mauvais, mais tant pis j’avance.

Dans mon métier de designer graphique, nous sommes en recherche permanente d’inspiration. Est-ce pareil dans le travail d’écriture ?

Bien sûr ! L’inspiration est pour moi le carburant de mon cerveau. On absorbe les choses, les idées, les créations des autres et on la transforme pour en sortir quelque chose d’autre et ainsi de suite. Sans inspiration, il n’y aurait pas d’oeuvre ou de création. Quand on va dans un musée, on peut reconnaître l’époque d’un tableau uniquement par le style, parce qu’à une époque tout le monde avait le même « style » mais chacun avait son « truc ». Je vais même plus loin en disant que pour apprendre à créer, il n’est pas mal de copier. Si je ne me trompe pas, c’est Sartre qui, lorsqu’il était enfant, écrivait à sa sauce les histoires qu’il lisait dans les livres. Il copiait l’histoire mais l’écrivait avec son écriture.

A-t-il été compliqué pour toi de dire que tu étais écrivain ? Étais-tu intimidée par le regard des autres sur ton travail ?

J’ai pu le dire une fois publiée. Avant, je ne le disais pas. Le problème du métier d’écrivain, comme tous les métiers créatifs, est qu’il faut montrer patte blanche. Être publié pour un écrivain, être exposé pour un peintre ou un photographe, avoir fait les études qu’il faut pour un graphiste, etc…

Ressens-tu l’influence de ton mental sur ta créativité ? Arrives-tu à le gérer facilement au quotidien ?

Mon mental est mon pire ennemi et mon meilleur ami en matière de création. Depuis que j’ai accepté d’être une créative, mon mental s’en donne à coeur joie. Rien que de répondre à cette interview, je ressens le syndrôme de l’imposteur. Mais je crois qu’on est tous touché par ça. Qui peut dire « mon oeuvre, mon dessin, mon livre, ma photo est incroyable ». En tout cas, j’essaye de ne pas trop me dévaloriser seule, bien que je le fasse beaucoup en public (ça me rassure de dire que je suis nulle avant les autres puissent le dire). Et depuis quelques temps, grâce à ma pratique de la photo argentique, je me surprends à être fière de certains clichés que je fais, et je le dis sur les réseaux sociaux.

Mon mental est mon pire ennemi et mon meilleur ami en matière de création.

Pour toi, qu’est-ce qui te semble le plus dur à vivre en tant qu’auto-entrepreneur ? Et en tant qu’écrivain ?

La précarité, la solitude et la non-compréhension. Je gagne à peine 1,7€ par livre vendu, je ne gagne pas ma vie, je n’ai pas de reconnaissance sociale. Les gens pensent souvent que, parce que tu as des abonnés sur Instagram, parce que tu as écrit un livre, ta vie est simple et que tu n’es pas à plaindre. Mais la précarité des artistes est un fait ! Et un ami écrivain (connu) m’a dit un jour : « prépare toi à ne jamais vivre de ton écriture ». Mon activité en Freelance est une super expérience mais peu sont les gens qui comprennent que lorsqu’on vend une prestation 100, 200, 300€, on en verra à peine la moitié sur notre compte bancaire.

Idem, mais cette fois, qu’est-ce qui te semble le plus gratifiant ?

La liberté, le bien-être et le temps. Lorsque j’étais salariée, j’ai toujours eu des relations assez toxiques dans mon entourage professionnel. On ne choisit pas les gens avec qui on travaille et pire, on passe 8 à 10h par jour avec eux. Je perdais ma personnalité et je devenais aigrie. Je devenais le cliché du « le patron c’est un con » et « hors de question de faire des heures supplémentaires ». Ma vie était chronométrée. Aujourd’hui, je ne me pose plus la question. Parfois, je ne fais rien, parfois je me mets au travail très tôt. Parfois je n’ai pas de client, parfois j’ai plein de missions d’un coup. Travailler à son compte, c’est être dans un grand pré, travailler dans une entreprise, c’est être enfermée dans une toute petite pièce.

As-tu reçu des conseils qui t’ont aidé pour avancer dans la vie professionnelle et créative ?

J’ai reçu toutes sortes de conseil : trouve un job stable et bien payé pour continuer à écrire, achète une maison au lieu de payer un loyer… Ma vie n’est rassurante pour personne, pas même pour moi. Les conseils servent souvent à sécuriser une action. Quand j’ai besoin d’un conseil, je cherche sur internet ou auprès des personnes qui m’inspirent. Une entrepreneuse de Los Angeles a dit un jour qu’elle ne voulait pas créer qu’une seule activité (elle travaille dans la mode), au lieu de créer une marque. Elle en a lancé 4. Comme ça, si l’une se casse la binette, il en reste d’autres pour continuer. Je trouve que c’est un bon conseil. Et un autre conseil reçu ce week-end pendant le concert de Patti Smith à la Route du Rock de Saint-Malo. Elle a dit « Be healthy, be happy and be fucking free ».

As-tu des ressources (livres, blogs, podcasts…) qui t’ont aidé à trouver la voie qui te convenait ? Qui t’ont aidé à te poser les bonnes questions ?

La première chose qui m’a aidé à me poser les bonnes questions, c’est ma santé et mon corps. J’étais toujours mal, et c’est ça qui m’a aidé à me dire « tiens tiens, si j’essayais autre chose ». Ensuite des livres m’ont beaucoup aidé, notamment l’autobiographie de Simone de Beauvoir (tous les tomes). J’ai appris grâce à sa vie que je n’étais pas obligée d’être une femme, comme on l’entend aujourd’hui. Béa Johnson avec son livre sur le zéro déchet a aussi radicalement changé mon existence et mon rapport à la planète. Les Minimalists avec leur documentaire m’ont appris à revoir ma vision du bonheur (que je liais beaucoup à l’argent). Niveau podcast, l’émission de France Inter Grand Bien Vous Fasse est géniale pour tous les sujets liés au développement personnel. Le livre les 4 accords toltèques m’ont appris aussi qu’il ne faut rien prendre personnellement et ne pas faire de supposition. La clé du bonheur. Et enfin, je dirai qu’il faut être curieux. Se détacher des informations qu’on nous donne pour aller voir ailleurs : les autres pays, les autres cultures… Ça développe l’empathie et c’est assez chouette comme outil pour la créativité. Se mettre à la place de quelqu’un d’autre pour comprendre ses actes, c’est une grande richesse.

J’étais toujours mal, et c’est ça qui m’a aidé à me dire « tiens tiens, si j’essayais autre chose »

Initialement, je pensais vous faire une conclusion reprenant plusieurs points qui me semblaient intéressants à explorer mais l’interview étant très riche, je vais éviter de vous faire une longue conclusion et je vais simplement vous laisser vous reposer sur tout cela.

Merci Manon d’avoir accepté de répondre à mon interview et de l’avoir fait avec autant d’implication. Je pense sincèrement que ces réponses sont un très bon terreau de réflexion.

À bientôt tout le monde,

Sibylle

Être créatif, oui, mais organisé

D’où je viens

Chacun a sa méthode de travail, bien sûr ! Nous n’avons pas nécessairement tous besoin de filtrer le flux d’information de la même manière. Je vais simplement vous parler des outils qui à titre personnels me permettent de gérer au quotidien mes différentes tâches.

Il faut savoir en amont que j’ai fait un master en Design où nous avions plusieurs projets longs et courts dont les deadlines se superposaient. De mon côté, cela m’a permis d’envisager un semblant d’organisation.

Lire la suite