Comment prendre un tournant dans sa vie

Et me revoilà encore, deux ans après le lancement du blog, deux ans après avoir démissionné, deux ans après avoir lancé mon entreprise, deux ans après avoir commencé une psychothérapie, à prendre un virage dans ma vie.

Cette fois, j’ai décidé de déménager.

Après des années à me plaindre que je souhaitais quitter Paris mais ne sachant pas réellement où je sentais l’envie de poser mes valises, je n’en pouvais plus de m’entendre répéter le même refrain. Le confinement m’aura enfin donné la réponse à ma question, tant de fois posée, mais toujours restée en suspend. Face à mon indécision, une amie me disait régulièrement que si la réponse n’était pas claire, c’est probablement parce que je ne me posais pas la bonne question. Là, la question n’était plus « où as-tu envie d’aller vivre ? » mais « s’il y avait un confinement et que tu pouvais choisir où le passer, où serais-tu ? » et là, la réponse est venue naturellement. J’étais assise sur le lit, les jambes croisées, le dos droit, et c’était tellement évident que j’ai reconnu la voix de mon intuition. Je savais que c’était ça qu’il fallait faire. Repartir vivre dans mon ancienne ville. Que ce n’était pas pour la vie, que si je changeais d’avis dans les années à venir, je pourrais encore une fois prendre un autre virage. C’était ce que je devais faire maintenant.

Si je vous en parle c’est parce que j’ai remarqué une chose dans mes discussions autour de moi : le doute qui m’a habité pendant si longtemps, nous sommes plein à vivre avec. Comme un gros cailloux bien lourd qui nous empêche d’avancer et que l’on continue de trimballer absolument partout avec nous alors que ce cailloux, on était pas obligé de le ramasser sur le bord de la route à la base.

Lorsque j’ai démissionné on m’a dit : tu as du courage
Lorsque j’ai lancé mon entreprise on m’a dit : tu as du courage
Lorsque j’ai coupé mes cheveux on m’a dit : tu as du courage
Lorsque j’ai déménagé on m’a dit : tu as du courage

Pourtant, ces actions ne m’ont pas vraiment demandé du courage (en tout cas pas comme je l’entends).
Je n’ai rien fait que de répondre à mes besoins d’abord, et ensuite à ma curiosité naturelle.

Ce n’est pas du courage ou de la bravoure, je veux dire … je n’ai pas risqué ma vie en faisant ça. Les risques étaient calculés (un minimum, je ne suis pas d’une nature téméraire puisque je suis terriblement anxieuse). Ma curiosité était la plus forte et je savais que si je tombais, si je me ramassais, il y aurait bien un moyen d’une manière ou d’une autre de changer de voix.

Bien sûr que je comprends que lorsque l’on a une famille etc, les choses sont différentes, donc je m’adresse plutôt aux personnes comme moi qui ne sont pas mariés, n’ont pas d’enfants, pas de crédit sur le dos, et qui pourtant vivent leur vie comme s’ils étaient pieds & poings liés au projet professionnel qu’ils se sont un jour imaginés (probablement influencé par leurs amis & leur famille).

Le point important à souligner, il me semble, est que je ne sais jamais si « je prends la meilleure des décisions ». Ce que je sais, par contre, c’est que je prends une bonne décision en fonction des informations que j’ai à ma disposition à ce moment là, c’est tout.

J’essaye d’avancer dans ma vie en me disant qu’il y a des périodes, des cycles, et que parfois certains se finissent et que nous devons en faire le deuil. Je sais que nous avons toujours envie d’aller vers « le mieux » mais parfois il faut se demander qu’est-ce que « le mieux » signifie pour soi même (et non pour les autres). Aussi, j’aime voir ces cycles comme étant des petites vies à part entières qui sont tout simplement différentes d’avant. Cela m’aide à les vivre sans être dans un état mental de comparaison mais de simplement la vivre pour ce qu’elle est : différente. Pas moins bien, ou mieux. Juste différent.

J’ai donc déménagé, il y a des choses que je ne peux plus faire, des choses nouvelles que je peux faire. L’important pour moi à l’instant où j’écris, est de savoir si au global ma balance « émotionnelle » est positive ou négative. Car l’idée n’est pas d’être inactif si l’on va mal. C’est l’inverse. C’est de savoir dire « au revoir » aux choses lorsqu’elles ne nous conviennent plus, sans être alourdi par le poids du doute voire pire, du regret.

Est-ce que j’ai eu peur à chaque virage dans ma vie ? Bien entendu. Je continue à avoir peur, toujours. C’est dans ma nature de l’être. Néanmoins, à force de travail pour dépasser les peurs infondées qui m’habitent, je commence à les apprivoiser et à comprendre le vrai message qu’elles souhaitent me faire passer (peur de la mort, peur d’être rejetée, …).

Est-ce que je regrette une de mes décisions ? Pour l’instant, aucune.

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Un confinement s’il vous plait #5: solitude, questionnements & lâcher prise

Photo : Encore des photos prises à Dieppe avant le confinement

Bien le bonjour !

Un mois quasiment jour pour jour après mon dernier article, nous nous retrouvons enfin pour un nouvel article. Je pensais que le confinement me donnerait d’autant plus envie d’écrire, d’explorer et de me découvrir. La réalité est que je me sens d’abord en attente et ensuite en digestion. Les émotions me traversent avec force à cause (ou grâce à, ça dépend des jours) de mon hypersensibilité et rien de tout cela n’est clair dans ma tête. C’est comme si j’étais en permanence dans un brouillard qui oscille entre « ça va » et « ça ne va pas ». D’où la difficulté d’écrire puisque mettre des mots sur ces sensations permet de les délimiter, les ranger, les analyser.

Juste avant de commencer les différents points de l’article, je voulais remercier Eva qui a posté sur mon dernier article une recommandation de chaîne Youtube. Pile dans le mille ! J’aimerai bien que mes recommandations Youtube sur la page d’accueil soient aussi pertinentes 😅

De la solitude

J’ai décidé de rester là où j’étais pour passer le confinement, c’est-à-dire dans l’appartement que j’avais sous-loué pour le mois de mars initialement. Je ne me voyais ni passer le confinement dans mon appartement à Paris puisque j’y vis avec mon frère, ni le passer dans l’appartement de mon copain où il n’y a même pas la place d’avoir un vrai lit…

Le « hasard » de la vie (le destin, le chaos, je vous laisse choisir le terme qui vous parle) a fait la chose suivante : fin février j’étais épuisée. Je n’avais pu dormir une nuit complète depuis des mois à cause de problèmes dans mon immeuble. Par dessus ça, le besoin impérieux d’être seule que j’ai déjà évoqué dans un autre article: lorsque vous aimez le silence, la tranquillité et qu’en plus vous êtes de nature assez solitaire, n’avoir jamais vécu seul sur une longue période est un poids. L’adaptation permanente aux règles des autres.

Honnêtement, lorsque je dis que fin février j’étais épuisée, je ne suis pas sûre que le mot soit assez fort. Malgré ma conviction que j’allais retirer quelque chose de cette période grâce aux semi-hallucinations dû à la fatigue que j’avais durant la nuit et que je pouvais décortiquer avec ma psychologue comme des trésors précédemment inaccessibles, rétrospectivement, ça n’allait pas bien. Point. Il faut que j’accepte de le dire.

Je n’irais pas dans le détail, mais je peux vous dire une chose : cette période me confirme un adage que je pense avoir déjà évoqué mais qui continue à se prouver encore et encore. L’adage est le suivant : s’il y a des situations qui ne vous conviennent pas dans la vie, attendre de voir si les choses s’améliorent d’elles mêmes est vain. Cela va juste vous bouffer chaque jour un peu plus. Il faut prendre des décisions. (dixit la fille qui n’a pas encore pris de décision, haha)

Si vous êtes comme moi, vous avez tendance à ne prendre des décisions coupantes & radicales uniquement lorsque vous atteignez vos derniers retranchements. J’essaye de travailler ce côté là de ma personnalité mais pour l’instant, c’est un comportement que je continue d’avoir, mais j’ai bon espoir qu’un jour cela change, petit à petit. 🙂 Je persévère et je suis accompagnée.

Je le vois bien : démissionner, aller voir une psy, décider d’être freelance et décider à un certain moment d’arrêter de regarder les annonces de CDI, décider que je voulais travailler avec des clients à distance uniquement… Tout ça étaient des prises de décisions fortes qui m’ont permis d’avoir une vision claire du chemin que je souhaitais prendre.

Tout ça pour dire : cet appartement s’était présenté à moi comme dans un rêve. Certains diraient qu’il s’est manifesté. J’ai demandé, il est apparu. Incroyable. Les dates ? OK. L’endroit ? OK. Tout était parfait.

Alors au moment de choisir, j’ai préféré opter pour la solitude. Cela ne faisait que 2 semaines que j’étais arrivée et je commençais tout juste à retrouver un rythme normal de sommeil. Grâce au couple à qui est l’appartement, j’ai eu la possibilité de rester pendant la période de confinement. J’ai douté mais je me suis dit que si tout ça s’était si bien goupillé, que si je me retrouvais par le truchement de l’inadvertance dans ce cocon isolé, ce n’était pas pour rien.

Je suis seule, parfois ça me pèse, mais je pense que cette descente est pour moi, à titre personnel, une épreuve mais sûrement aussi une possibilité de mettre à plat ce que je veux pour demain.

De nouvelles habitudes

Je vous le disais dans l’article précédent: je me suis découvert une passion pour les vlogs et je commençais à réintégrer une routine cosmétique.

Les vlogs continuent de rythmer ma semaine, heureuse de voir comment le confinement se passe pour des personnes à l’autre bout de la terre.

Ma peau a atteint la semaine dernière une étape de non acné jamais atteinte depuis probablement… avant mon adolescence. Certes depuis, m’étant fait plaisir en achetant une pizza et des chips les boutons sont de retour, mais j’ai des vidéos qui me rappelleront qu’en cette période de confinement, en prenant soin de ma peau, doucement et juste pour moi, elle était… bien.

Je sais que cette partie de l’article est d’une futilité sans nom, mais la vie est remplie de futilité qui nous rendent heureux ou malheureux.

Il y a une petite chose qui a changé depuis le début du confinement. J’ai regardé mes ongles et j’ai dit : « J’arrête de les ronger ». Pourtant, enfant anxieuse je me les suis rongé très tôt. Rien ne m’énerve plus que lorsque quelqu’un me dit d’arrêter alors que c’est un comportement mécanique en provenance direct de mon anxiété.

Et là, comme ça. Comme beaucoup de fois dans ma vie, la chose était conclue.

Une phrase, une décision.

Bon, ok. Là je partais dans une joie théâtrale et maintenant que je vérifie la date de ma prise de décision, j’ai commencé le 2 avril… Donc étant le 18 avril, cela n’est pas incroyable pour le commun des mortels, haha. Je vous jure que je n’ai pas eu les ongles longs aussi longtemps depuis l’enfance. Il n’y a pas de petites victoires, n’est-ce-pas ?

Ce qu’il se passe en parallèle, est une envie de croissante d’assumer mes envies vestimentaires. Pourtant, ce n’est pas ici que je vais pouvoir le faire puisque je ne vis qu’avec les quelques vêtements (d’hiver) que j’avais pris dans ma valise cabine. On rejoint la sensation de digestion que j’évoquais plus haut. J’ai l’impression qu’il se passe des choses mais je ne sais pas encore si elles vont se matérialiser lorsqu’une vie à peu près normale aura repris son cours. Est-ce que mon rythme de travail reprendra et je serais si anxieuse que mes ongles longs ne seront qu’un vague souvenir de cette période d’entre deux ? On verra bien.

Des questionnements

Ce moment particulier me met forcément face à cette question : « Alors, c’est ça la vie que tu veux ? ». Je vois bien l’importance d’avoir un extérieur, l’importance d’avoir un lieu à soi où on se sent à la maison (vous vous souvenez de mon article sur « c’est où chez moi ? » la réponse est encore en suspend)…

J’ai découvert lors des premières semaines (et où je n’avais honnêtement aucune prise sur mon anxiété) à quel point les choses matérielles avaient un aspect rassurant pour moi dans ces moments. Je ne parle pas d’avoir une avalanche d’objets bien sûr, mais d’avoir des choses à soi, choisi par soi, dans son endroit.

J’ai noté sur un carnet toutes les choses que j’avais envie d’avoir après le confinement, ou que j’avais envie de faire. Cette frivolité et naïveté de vie légère me rassurait. Car c’est sûrement ça qui se cachait dessous mon matérialisme primaire : le retour à un moment sans gravité. Sans pandémie qui ravage. Sans entendre chaque jour les chiffres qui s’accumulent et les dégâts dans l’économie mondiale.

Je ne vais pas vous cacher que j’ai même craqué parfois en achetant des choses sur internet (enfin sur le moment je n’avais pas compris qu’ils continuaient les livraisons, je pensais qu’elles seraient traitées après le confinement 🤦‍♀️ Ma naïveté…).

Que voulez-vous.

Nous sommes dans un sas.

Il y a un avant et un après donc on ne sait pas grand chose.

Ce n’est pas maintenant que je joue les héros. Comme beaucoup d’entre vous je me mets une pression énorme à être une citoyenne exemplaire pendant ce confinement mais je reste humaine. Comme nous tous. C’est déjà suffisamment compliqué de ne sentir le soleil et le vent sur sa tête qu’une seule fois par semaine pour faire ses courses.

Le matin j’ouvre une fenêtre pour entendre les oiseaux pendant mon petit déjeuner. Elle donne sur les parties communes de l’immeuble avec au centre un jardin. J’hume l’air. Parfois l’air sent l’été. Parfois l’air sent l’orage. Parfois l’air sent la rosée. Souvent, l’air sent les vacances. (Par contre, j’ai eu la joie de découvrir que très vite les rues sentent la m*rde car visiblement là où je suis, les gens n’ont pas compris qu’il faut ramasser les crottes de chien)

Du lâcher prise

Ces temps jouent sur mes humeurs. Je suis très irritable et parfois je ne me reconnais pas. Un conseil non réclamé et je fulmine (et diantre que les gens ont envie de me donner des conseils, c’est terrible).

J’ai lâché prise sur certains sujets comme vous avez pu le remarquer, je pense que le plus important est que j’accepte mes émotions négatives et je n’en ai pas honte. Je ne souhaite plus les mettre sous le tapis: je vous garantie que ça revient toujours, comme un boomerang.

C’est pour cela que j’aborde régulièrement sur Instagram le sujet de la culpabilité lors de ce confinement. Il est très facile de se sentir comme une m*rde parce que « Mais pourquoi je me sens si mal alors que je suis si privilégiée » (on vit une PANDEMIE. C’est normal que certaines personnes le vivent mal, surtout enfermé) ou encore « Ai-je le droit de me sentir si bien alors que la situation est si grave ? » (OUI ! Profites en au maximum ! Kiffe chaque heure, chaque jour !). Chaque expérience est valide.

Je refuse que quelqu’un soit là à me dire comment je dois me sentir. On peut se trouver n’importe où sur le spectre. C’est OK.

(A noter: depuis de nombreuses années j’ai refoulé ma colère et elle commence de plus en plus à faire surface. Elle a des choses à me dire. Je vois à quel point elle souligne mes valeurs et me montre les sujets où je dois accepter de m’exprimer. Je fais cette parenthèse car je vois bien ma colère sous-jacente derrière ce dernier thème)

Professionnellement j’ai bien été obligée d’accepter que je n’avais pas la main sur tout.

Je suis impuissante face à certaines choses et je n’ai d’autres choix que de me laisser bercer par les aléas.

C’est incroyablement inconfortable. Je déteste cette sensation et en même temps, ça ne sert à rien de s’agiter sur des sujets où je n’ai aucune prise. Je suis contente d’avoir été auparavant une obsédée du « Je dois me constituer une trésorerie », « Je dois proposer différents services ». Certes ce n’est pas parfait du tout mais je m’en remercie. Petite tape dans le dos de l’ancienne Sibylle : tu peux te faire confiance !

C’est ici que je vais arrêter cet article.

J’espère qu’il y aura des éléments qui résonneront en vous malgré le fait qu’il est auto-centré sur ma propre expérience.

Je vous souhaite une bonne journée et la santé ❤

Couper ses cheveux longs pour une coupe garçonne: EP.2

S’il y a bien un sujet sans réelle importance qui pourtant en revêt de manière disproportionnée dans la vie, c’est les cheveux. Des poils sur le crâne qui signent une partie de notre identité. La coupe de cheveux que l’on choisit (ou subit) semble dire des choses sur nous que nous contrôlons à peine. Elle nous représente, est comme une carte de visite montrée à chaque personne que l’on rencontre. La symbolique est d’autant plus forte que devoir trimballer une coupe de cheveux que l’on estime ratée peut sembler être un calvaire pour le porteur : l’image que l’on a de soi à l’intérieur (ou que l’on aimerait projeter) n’est pas en accord avec l’extérieur. « Ce n’est pas moi ».

Comme si ces poils parlaient pour nous.

Comme vous le savez, j’ai coupé ma tignasse l’été dernier. C’est un changement que je n’avais moi même pas venu venir. La curiosité l’a emporté sur la peur. Je n’avais pas d’attente ou d’image précise en tête sur comment ça allait rendre. J’avais envie que ça soit joli, bien sûr, mais c’était avant tout une exploration. Pourquoi je faisais ça ? …Pourquoi pas ? C’est sûrement cette attente relativement basse qui a favorisé une acceptation très rapide de cette nouvelle tête que j’offrais au monde.

Par contre, un tel changement a été un élément très perturbateur sur ce qu’il se passait très très loin en sous-marin dans ma tête. Je voulais faire bouger les lignes, j’ai été servie. Qu’importe le résultat, je voulais voir. Le geste était si fort qu’au lieu de trouver des réponses, cela a permis d’ouvrir la porte à encore plus de questions.

Avant de me couper les cheveux, j’avais peur, bien entendu mais malgré tout je voulais symboliquement laisser derrière moi les choses dont je n’avais plus besoin. Dans mon cas, couper mes cheveux aussi courts (et de manière volontaire) est synonyme d’une prise de contrôle sur quelque chose qui m’échappe. C’est prendre une décision et aller de l’avant. C’est me prouver que je suis capable même si je ne sais pas vers quelles mers cela mène. Je n’ai pas sourcillé, je n’ai pas douté, j’ai coupé. J’ai vu mes cheveux s’étaler au sol et rien de grandiose ne s’est passé : je ne les avais finalement plus sur ma tête avant même qu’ils tombent.

Même si je n’ai jamais regretté d’avoir coupé mes cheveux, je dois avouer que les tourments inattendus qui ont suivi, ne sont pas particulièrement agréables. La chose la plus présente dans mon quotidien est la suivante : je ne me sens plus Moi dans mes vêtements. J’ai pourtant toujours eu des goûts vestimentaires relativement clairs & définis. Sur ce point, je me sentais même plutôt bien, je faisais entièrement confiance en mon instinct même sur des goûts parfois ne faisant pas l’unanimité. Et là, tout est parti en fumée. Cette confiance en moi passant par les vêtements a tout simplement disparu. Je découvrais que ne plus avoir mon éternelle frange et cheveux longs changeait toute l’esthétique de mes tenues, changeait toute cette enveloppe que j’offre au monde !

J’en profite pour faire une parenthèse : se sentir SOI MEME dans ses vêtements n’est PAS un sujet superficiel. Certains ont besoin que leurs vêtements reflètent leur image d’eux même, d’autres s’en foutent complètement. C’est comme ça et les deux ressentis sont autant valables l’un que l’autre. Ne pas se sentir à l’aise dans ses vêtements peut provoquer la sensation d’être « immonde », « moche » (…) ce qui n’est clairement souhaitable à personne.

Donc, couper mes cheveux a été un changement de paradigme.

Soudain, mes tenues boyish que j’affectionnais tant avec mon ancienne coupe ne me plaisaient plus du tout. Dans ma tête, la tenue boyish était équilibrée par le symbole des cheveux longs, or sans cela, cela me semblait trop, trop, trop. Ce n’était plus moi. Je ne me reconnaissais plus dans mes vêtements. Et c’est à ce moment là qu’arrivent perpétuellement les mêmes pensées :

Je pourrais me maquiller

Bien sûr.

Mon cerveau, adepte du chemin de pensée paresseux et traditionnel s’est dit que je si je voulais me sentir plus féminine, je pourrais me maquiller.

Avant de couper mes cheveux, je pensais même que ce serait l’occasion de commencer. Je pensais que j’en aurai envie une fois l’étape passée. La réponse est non. Toujours pas.

Je ne me suis jamais maquillé et l’envie n’est pas apparue comme par magie. Ne serait-ce qu’acheter un mascara signifierait acheter un démaquillant. Acheter un démaquillant signifierait acheter des cotons pour l’utiliser. Etc, etc. Commencer à me maquiller c’est laisser entrer tout un système dans sa salle de bain et ce système, je n’y adhère pas.

Je crois fondamentalement qu’il n’y a rien à « embellir » et que ce secteur nous pousse simplement à croire que l’on est pas assez ou que si vous l’êtes, c’est uniquement grâce à leurs produits. J’ai toujours intellectualisé le problème de la sorte : la problématique réelle est de m’accepter telle que je suis malgré les complexes. Et dans mon cas, je vois cette option du maquillage comme une béquille qui m’aiderait sûrement quelque temps mais qui finalement m’éloignerait encore un peu plus d’une acceptation pleine et entière de moi même.

Je devrais mettre mes boots à talons

J’adore les bottines. Avant, même si les talons n’étaient pas très hauts, les bottines faisaient partie de mon uniforme. Et puis les baskets ont refait leur apparition & maintenant leur confort incomparable me fait les choisir plutôt que mes fidèles bottines.

J’aime la sensation que j’ai en portant mes bottines. Avec, je me sens grande, forte, présente. Par contre, elles me font me sentir vulnérables le soir passé 23h, et que le « clac clac » de mes talons est pratiquement le seul son qui résonne dans les rues peu passantes de mon arrondissement. Les boots que j’aime tant, me donnent l’impression de trahir ma présence sur un radar alors que les baskets me rassurent : elles ne donnent pas ma position, et je peux partir en courant à n’importe quel instant. Alors, on s’entend bien, ça me rend furieuse de ressentir ça. Je ne pense pas qu’il soit normal de devoir activer le mode « survie » dès que je fous le pieds dehors mais que voulez-vous. J’essaye d’être toujours transparente avec vous dans la retranscription de mes sentiments et c’est la triste vérité : j’ai toujours peur. J’en suis là pour l’instant (mais pour ceux qui se demandent : oui, je fais des progrès avec ma psy sur ce sujet. J’ai des angoisses ciblées. Et je peux vous jurer que sous ces airs assez ridicules, ce n’est vraiment pas agréable à vivre quotidiennement)

Pour revenir au sujet des bottines (comment ça on parlait de cheveux à la base ?), ma réflexion m’amène encore ailleurs : je suis maintenant freelance, ce qui me permet de passer le plus clair de mon temps pieds nus. Je découvre donc, que lorsque je remets ces bottines, que je qualifiais pourtant moi même de « vrais petits chaussons », mon pied est maintenant inconfortable dedans. Ni plus, ni moins. Les bottines que j’ai ont des talons certes, peu hauts, mais malgré tout plus hauts que des bottines dites « plates » (mais qui ont en réalité quelques centimètres de talons). Ce dernier type de bottine, ne pose pas problème à mon pied. Par contre, mettez le dans les X cms de ma paire préférée, et hop, je comprends que c’est trop haut. Que ce n’est pas normal. Que la courbe que me demande la chaussure n’est pas faite pour mon pied.

Je suis déshabituée de l’inconfort permanent dans lequel je me trouvais. Je n’en avais même plus conscience, habituée par des années et des années de semelles courbées.

Je les portais 10 heures durant et tout allait bien.

Maintenant, l’idée de passer l’après-midi avec me fatigue d’avance et je pense au moment où je vais les enlever avant même de les mettre.

Je trouve ça fou.

Il est possible que vous vous sentiez un peu perdu à ce moment là de l’article: mais où ai-je envie d’en venir ? Ne vous inquiétez pas, je tiens la barre. Là où je veux en venir, la question fondamentale qui se cache derrière toutes mes réflexions est la suivante : c’est quoi la signification de la féminité pour moi (et uniquement moi) ? Maintenant que j’ai dit au revoir à une certaine forme de féminité, quelle est donc celle qui maintenant me semble pertinente pour moi maintenant ? Qu’est-ce que je projette derrière ce mot de « féminité » qui m’a si longtemps posé problème ? Qu’est-ce que je cherche ? Quelle est ma propre définition ? Comment je la vis, la ressens ? Je suis tiraillée entre mon intellect qui me dit que je n’ai pas besoin d’attribut matériel de féminité pour l’être, que féminin ou non, là n’est pas la question, que je dois « juste » me concentrer sur ce qui fait sens pour moi. Dans le même temps, je pense à pleins d’idéaux avec lesquels j’ai forcément grandi dont je n’arrive pas à savoir s’ils sont une véritable envie personelle ou simplement une envie de me réfugier dans une idée pré-conçue rassurante.

Quand j’ai coupé mes cheveux, je pensais juste continuer ma vie comme avant mais avec les cheveux courts. La réalité est finalement toute autre. Je comprends que je suis en pleine déconstruction. J’explose les murs de ma maison pour pouvoir faire une gigantesque rénovation, qui je l’espère sera positive. Je garde en tête que pour pouvoir arriver à mon but – un belle nouvelle maison avec des fondations remises à niveau – c’est normal de supporter des mois de travaux, de poussières, d’avoir des doutes, d’avoir l’impression de ne pas en voir le bout. Ce dont j’ai besoin : m’écouter, me faire confiance et être patiente.

Je sais que cet article est beaucoup trop long mais j’ai encore une pensée qui me vient systématiquement lorsque je pense au fait que je ne me reconnais plus dans le miroir et ensuite vous pouvez retourner vaquer à vos occupations :

Changer de garde robe, ce n’est pas écolo

Hey oui, je me suis dit ça régulièrement cette année. Beaucoup de nouveaux vêtements sont venus rejoindre mon placard pour m’aider dans mon exploration. Même si la plupart de ces pièces sont de seconde main, je suis embêtée de ne pas avoir mis d’autres pièces jusqu’au bout « juste » à cause de mes cheveux. Parfois ce sont des pièces qui me plaisent esthétiquement, je les aime sur le portant mais je ne les aime plus sur moi. L’enthousiasme n’est plus là. Ce n’est pas la lassitude, ce ne sont pas des achats impulsifs ratés. C’est simplement qu’ils ne me renvoient plus la même image qu’avant. J’ai du mal à m’en séparer (d’habitude je donne les vêtements dont je ne souhaite plus) car je n’ai pas vu ce revirement venir. Néanmoins, il ne fait aucun doute que je dois passer par là. Je fais ce que je peux pour limiter mon impact en choisissant de la seconde main en main propre de préférence.

Je vous en parlerais sûrement plus en profondeur dans le prochain article parlant de mes achats vestimentaires (qui arrivera en juillet normalement).

Pour conclure, je voudrais souligner un point qui me semble important : ce n’est pas parce que je me trouve dans un brouillard identitaire à l’heure où j’écris ces lignes que ma coupe de cheveux est un événement négatif. Toute expérience n’a pas à être « géniale » ou « nulle ». Je pense même que ce serait très enfantin de chercher coûte que coûte à simplifier un événement et à vouloir le mettre dans une case de cette manière.

Le changement, c’est souvent inconfortable. On va d’un point A à un point B, mais le chemin entre les deux est parfois sinueux, désagréable, challengeant, énervant, frustrant, tout ce que vous voulez. Malgré tout, ce n’est pas parce que ce n’est pas confortable sur le moment, que ce moment ne vaut pas la peine d’être vécue. Vous êtes peut être en chemin pour la meilleure aventure de votre vie mais vous ne le saurez que bien plus tard. Evoluer, ce n’est pas toujours joyeux et ça n’en met pas toujours plein la vue. Grandir, c’est pas toujours des grandes étapes aussi marquantes que de se couper les cheveux.

De mon côté je ne vois pas très bien où je vais, mais je savais juste que ma première étape était celle-ci. Point. Je n’avais pas réfléchir plus loin, je me doutais que le reste se déroulerait tout seul. C’est comme si j’avais mis un coup de pied dans la fourmilière des idées pré-conçues que j’avais sur ce qui faisait de moi Moi et qu’à partir de là je devais (re)commencer à construire. Ce n’est pas simple mais c’est le même engagement que j’ai pris envers moi même lorsque j’ai pris mon premier RDV chez la psychologue : je dois savoir. Pour moi. Je dois le faire pour moi.

8 livres qui m’ont changé

*

…POUR AVANCER DANS MA VIE

L’année de la pensée magique – Joan Didion

Comme beaucoup de mes livres, celui-là m’est arrivé entre les mains par hasard. Il avait été déposé dans l’entrée de mon hall d’immeuble et n’ayant jamais lu de livre de Joan Didion, il m’a semblé que c’était l’occasion d’en lire un.

Il s’est avéré que Joan Didion parle dans ce livre du décès de son mari et compagnon de longue date, John Gregory Dunne. À ce moment là, je me sentais moi même prise dans un enchevêtrement de sentiments vis-à-vis de la mort et du destin. Même si ce sont clairement mes rendez-vous chez le psychologue qui m’ont permis de faire le ménage et à tourner la page, je pense que ce livre m’a néanmoins aidé car je me suis autorisée à pleurer à grosses larmes en reconnaissant mes sentiments dans ses lignes.

Femmes qui courent avec les loups – Clarissa Pinkola Estés

Celui-là, ce n’est pas un petit morceau.

Déjà, l’édition Livre de Poche que je possède est… décevante. Il y a plusieurs coquilles, et nous avons droit à des explications d’étoiles en bas de page alors que les étoiles ne sont simplement pas présentes dans le texte ❤

Pour ce qui est du propos, c’est un livre intense. Il y a plusieurs points sur lesquels je n’étais pas d’accord et qui m’ont fait rouler des yeux mais il y a eu tellement d’images fortes au cours du livre que je ne peux pas lui enlever son importance. Il m’a remué et je me suis reconnue dans énormément de passages. J’y ai même trouvé une force profonde grâce à ses mots et m’ont aidé à dépasser certaines de mes craintes.

Le livre prend comme point de départ des contes plus ou moins connus et ensuite les explique d’un point de vue symbolique. À partir de là, Clarissa nous emmène dans son monde souterrain où règne la femme sauvage.

Les mots pour le dire – Marie Cardinal

Certaines personnes connaissent déjà ce livre car ils ont lu mon article sur Amavi concernant mes difficultés à aller voir un psy ou parce que je leur en ai parlé directement (et j’en ai beaucoup parlé).

Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un livre où nous suivons l’autrice tout le long de ses 7 ans de psychanalyse. En plus de son récit personnel et de ses souvenirs déchirants, nous découvrons le travail de psychanalyse et les différents obstacles qui peuvent être rencontrés en chemin.

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…DANS MA VIE QUOTIDIENNE

Get Things Done – David Allen

Changement complet de registre. Après le monde des émotions, nous voilà dans le monde du concret, de la productivité. David Allen a mis en place un système d’organisation pour vous aider à être plus productif tout en réduisant votre stress. Il existe même des applications qui se basent sur ce système pour vous aider dans vos tâches à courts et longs termes. Je n’ai pas mis en place toute sa méthode, mais j’en ai quand même tiré de bons conseils.

Ce livre peut vous intéresser que vous soyez quelqu’un qui s’intéresse à l’organisation en général ou que vous soyez quelqu’un qui est justement complètement perdu et qui aimerait avoir un mode d’emploi pour s’organiser.

Why you? 101 interview questions you’ll never fear again – James Reed

Peur des entretiens d’embauche ? C’est bien normal. En allant acheter Get Things Done, je suis tombée sur ce livre. À cause de mon absence de confiance en moi et ma peur viscérale de rencontrer des personnes présentes seulement pour me juger, ce fut un don du ciel. J’exagère à peine.

Ce livre m’a enfin fait comprendre que j’étais là pour rencontrer des personnes avant tout, que je n’étais pas un chien abandonné à la recherche d’une maison qui veuille bien de moi mais que j’étais là pour trouver un emploi et une entreprise qui me correspondent autant que je leur corresponde. C’est comme une relation amoureuse, il faut trouver la bonne personne.

Le livre aborde donc une centaine de questions qui sont généralement posées en entretien et il nous explique ce que nous devons comprendre derrière.

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…DANS MA RÉFLEXION

Eating animals – Jonathan Safran Foer

Eating animals est un livre traitant de la cause animale. L’auteur attendant l’arrivée d’un enfant, il se pose des questions concernant son alimentation et celle qu’il souhaitera léguer à sa progéniture. Il part à la recherche de réponses et nous emmène avec lui dans les méandres de l’industrie agroalimentaire américaine. Même s’il se base sur un pays qui n’est pas le nôtre, la réflexion présente peut intéresser n’importe quelle personne ayant des questionnements similaires. À lire, à offrir.

Citizen Designer, Perspectives on Design Responsibility – Heller & Vienne

Je l’ai découvert lorsque j’étais encore étudiante lors d’une foire aux bouquins à l’OCAD où je passais un semestre. Lors de nos études, nous nous posons la question de quel designer nous souhaitons devenir. Voulons-nous être éthique ? Est-ce qu’on s’en fout ? Quelles sont nos limites ? Accepterions-nous n’importe quel client ?

Une fois salariés, c’est différent, nous ne choisissons pas forcément nos clients et nous pouvons être mis face à nos propres contradictions.

Le livre est divisé en quatre parties :

  1. Social Responsibility
  2. Professional Responsibility
  3. Artistic Responsibility
  4. Raves and rants

L’édition en ma possession est l’édition de 2003, ce qui commence à sacrément dater mais bonne nouvelle, il existe une version de 2018 🙂

No Logo – Naomi Klein

Je ne pouvais pas faire un article de la sorte sans évoquer ma première illumination: No logo de Naomi Klein.

J’ai dû lire ce livre en 2015 environ, sachant qu’il date de janvier 2000. Quinze plus tard, quasiment rien n’avait changé et chaque ligne me semblait encore véridique. Entre autres, elle nous parle des conditions de travail inhumaines pour les petites mains de l’industrie textile. C’était il y a dix huit ans maintenant !

De quoi parle-t-on exactement ? Des marques, de leurs manières de s’insinuer dans nos vies, de leurs images de marque et de leurs hypocrisies.

C’est un pavé certes, mais il est extrêmement documenté. C’est un incontournable.

Je n’ai pas encore lu ses livres plus récents, mais ça ne saurait tarder.

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Et vous, des livres à me conseiller ? 🙂