De l’importance de verbaliser sa tristesse

Comme je vous en parlais, dans mon expérience changer la manière dont je me parlais fut un tournant primordial. Prêter attention au langage que j’employais à mon égard m’a permis de réaliser à quel point j’avais été mon propre bourreau.

Je pense aussi que la manière de parler en général doit être observée. Il y a beaucoup de choses qui nous provoquent des réactions épidermiques, qui nous énervent et nous encouragent à déverser notre bile.

La bile, je la vois partout sur internet. Elle me pèse, elle me confronte, elle me donne l’impression d’être attaquée personnellement. Le plus dur, c’est de m’en défaire.

J’essaye d’assainir mon langage, dans ma tête d’abord puis dans ma communication mais c’est dur. J’ai envie de partager avec le monde tout ce qui m’énerve mais la grande majorité n’en vaut vraiment pas la peine.

Il y a ces deux extrêmes présents partout: cette bile mais aussi le déni. L’aspect parfait que nous pointons souvent du doigt sur Instagram. Le déni de la difficulté, le déni de la douleur, des échecs, de l’effort non récompensé, de la tristesse.

Alors il m’est important de contrôler mon énervement, ma rage, voire ma violence car elle n’est souvent pas la meilleure des conseillères mais ma tristesse, elle, vaut la peine que je la verbalise sinon j’aurai la sensation qu’elle prend racine.

Quand je parle de verbalisation, je ne pense pas à noircir des pages de carnet en disant à quel point « machin est débile, et à quel point je suis incomprise par ce monde trop aveugle pour voir mon potentiel » (blablabla… Souvenez-vous de vos journaux intimes d’adolescence, normalement vous comprendrez ce à quoi je fais référence, haha).

Ce à quoi je pense, c’est plutôt prendre le temps de me questionner sur l’émotion que je ressens pour essayer de comprendre d’où elle vient. C’est mettre des mots sur un mal qui parfois prend une forme aux contours flous. Réussir à sortir de moi même des sensations qui m’inconfortent. Il y a beaucoup de sujets que je n’arrive pas à aborder à l’écris. La peur de laisser des traces. Aucune raison valable.

Admettre que nous ne sommes pas des êtres parfaits et insubmersibles comme nous souhaiterons nous le faire croire à nous même, c’est important. C’est en parlant, en discutant, en mettant à la lumière ces sensations désagréables (mais sans bile) que nous arriverons à la laisser partir. Sinon, elle reste là voire on s’y accroche. Vite, vite, la bile arrive et nous commençons à nous nourrir de cette tristesse devenue sentiment d’injustice. « Gnnn, on m’a poussé. Gnnn, on a pris ma place. Gnnn, les gens sont tous nuls. Gnnn, ils ont piqué ce qui m’appartenait [en parlant de quelque chose qui ne peut pas être possédé] »

Je ne suis pas psychologue, ni quoi que ce soit, seulement une personne qui a eu tendance à s’accrocher à cet énervement. Peut-être que je ne relie pas les bonnes notions ensemble mais les experts le feront à ma place. Est-ce que vous voyez là où je veux en venir ?

Réussir à mettre des mots sur cette vague d’émotions que j’ai ressenti récemment m’a aidé à me sentir épaulé. Des petits mots, même courts, me faisaient comprendre que je n’étais pas seule et surtout que ce n’est jamais un état permanent. La tristesse se transforme et éventuellement s’en va comme elle est venue.

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