L’ère de la vulnérabilité

Bien le bonjour,

Je commence un article sur un coup de tête, je ne l’ai pas du tout préparé mais j’aimerai réussir à le finir avant que les obligations de la vie quotidienne ne viennent me tirailler (sortir les poubelles, faire la vaisselle, une lessive…). Nous sommes donc dimanche matin et je viens de prendre une rasade de café. Mon copain dort encore dans le lit pendant que j’essaye de commencer ma journée sans faire trop de bruit.

J’ai envie de vous parler d’une observation que je me fais régulièrement depuis quelques mois et qui se confirme de jour en jour un peu plus : j’ai la sensation que nous sommes pour beaucoup dans une phase où nous nous montrons de plus en plus vulnérables publiquement. La prise de parole concernant des aspects moins agréables de la vie semble devenir de plus en plus normalisé et je dois vous dire que cela me fait beaucoup de bien. Je crois que lorsqu’on accepte de dévoiler des facettes de soi qui sont moins lisses et brillantes, lorsque l’on met en lumière des endroits qui nous semblent plus sombres, nous permettons aux autres de faire de même au lieu de regarder ailleurs. La honte de ne pas être fort/parfait/à la hauteur de son image perd un peu plus de terrain chaque jour, dans le contenu que je consomme en tout cas, et c’est une sacrée bouffée d’air frais.

Que ce soit dans mon entourage direct ou dans les créateurs de contenu que je suis, le traumatisme d’une épidémie qui éclate et nous force à rester chez soi en écoutant le nombre de morts tomber tous les jours semble avoir permis (forcé ?) une introspection plus ou moins importante. Des remises en question, chacun à sa propre échelle ont pu émerger. Des colères aussi, bien sûr, mais disons une envie de changement. J’ai longtemps été perplexe face à l’utilisation constante du vocabulaire d’un « monde d’avant », d’un « monde d’après », me disant que le paradigme restait fondamentalement le même et que je continuerai à aller prendre un verre avec les copains le vendredi soir une fois le premier confinement fini, en tout cas que la banalité de mon quotidien resterait d’une certaine façon inchangée.

Par contre, peut-être n’est-ce que moi, ou peut-être que j’ai cherché inconsciemment les informations qui me confirmaient ce ressenti, j’ai l’impression que nous avons tous énormément changé au cours de cette année. Comme si certaines futilités n’avaient plus lieu d’être et que MERDE, on a bien le droit de dire qu’on est paumé/triste/hésitant sans avoir peur du jugement de l’autre. Je crois que je commence à voir les contours de ce nouveau monde (certains qui me déplaisent bien entendu) mais d’autres qui me donnent espoir.

Une phrase que j’ai entendu il y a quelques semaines me revient régulièrement « On ne négocie plus avec son âme, c’est fini tout ça ». Je crois que ça résume bien l’ambiance : une sorte de rejet des compromis qui sont en place depuis parfois des années, qui nous font du mal psychologiquement parlant et qui nous semblent, à la lumière de cette nouvelle ère, intolérables. Alors on déménage, on divorce, on se sépare, on vend ses affaires, on dit adieu à des amis qui ne nous veulent pas du bien mais simplement un miroir de leur propre réussite personnelle.

Bref, d’une certaine manière on reprend les reines de sa vie, on donne un coup de pied dans les normes sociales dans lesquelles on a pu s’embourber sans même s’en rendre compte.

Depuis mars, j’ai eu beaucoup de mal à vous écrire, car lorsque l’on est pris dans le tourbillon du changement, c’est difficile de rendre compte de ce qu’on ressent. On est happé plus qu’autre chose et on attend que le tout se calme. Maintenant que cela m’arrive enfin, les mots se bousculent pour vous écrire cet article un peu bordélique.

Par biens des aspects j’ai changé cette année, et j’imagine que vous aussi.

N’ayez pas peur de parler, de vous exprimer.

Je crois que c’est ici que je vais m’arrêter pour aujourd’hui.

Bon dimanche à tous,

Sibylle

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[Témoignage] Reprendre confiance en soi après une ré-orientation

Aujourd’hui, pour notre article du dimanche, nous allons inaugurer une nouvelle catégorie, celle du « Témoignage ». Je souhaitais créer une plateforme, un espace d’expression, où vous pourriez partager avec les autres lecteurs vos expériences. Je vous laisse découvrir ce premier témoignage avec JB, qui nous raconte comment il a vécu les difficultés qu’il a rencontré au cours de son parcours d’études supérieures.

Si vous souhaitez me faire part de votre histoire, parler d’une expérience qui vous a fait du bien, ou vous permis de vous rendre compte de votre propre force, n’hésitez pas ! Vous pouvez bien sûr garder votre anonymat si vous le souhaitez. Envoyez tout simplement votre témoignage à sibylle.roze@gmail.com

Prêt pour cette première lecture ?


Hello Sibylle, et bonjour tout le monde. Tout d’abord je tiens à remercier Sibylle pour me donner l’opportunité de parler de mon parcours, et en particulier comment j’ai vécu les passages plus difficiles et comment j’ai surmonté tout ça.

Je vais commencer par le début si vous le voulez bien. 🙂 Quand j’étais gamin, j’avais pas mal de facilité à l’école, en particulier au début du collège où j’avais des bons résultats sans vraiment avoir à forcer. Naturellement, quand tu n’as pas besoin de forcer à l’école, personne ne s’inquiète pour toi, tout roule, et tu n’apprend pas non plus à… apprendre ! Résultats : Quand je suis arrivé au lycée, ca a été une grosse claque. Mes résultats dégringolaient et je savais pas vraiment quoi faire de plus. Je vous passe les moments de déprime, de repli sur soi et d’addiction aux jeux-vidéos qui ont suivi, c’est un peu baddant haha. Ce dont je veux vraiment parler, ce sont les moments d’introspection que cette situation a provoqué.

A l’époque, j’aimais le dessin, l’anglais, et c’est tout. Comme j’avais fait une formation « scientifique » j’ai voulu m’orienté vers des études en lien avec ce domaine. L’architecture me semblait être une bonne option. Je n’avais pas vraiment de passion pour ce domaine, je n’avais pas ce « feu sacré » que certaines personnes ont pour leur métier (en particulier créatif). Alors tout bêtement je ne me suis pas posé de question, je me suis dit « pourquoi pas ? ». C’est en en discutant avec ma prof d’arts platisques de l’époque que j’ai decouvert le design, une discipline que je ne connaissais pas du tout. Je me souviens avec amusement de sa réaction lorsque je lui ai annoncé que je pensais faire une école d’architecture : « Toi ? Architecture ? Alors là mais non ! Pas du tout ! Tu devrais jeter un oeil à l’Ecole de Design de Nantes. »

Quelques mois plus tard je rejoignais les rangs de l’EDNA après avoir réussi le concours d’entrée.
Ce qui est bien quand on y connait rien dans un domaine dans lequel on se retrouve plongé dès le début, c’est qu’on a pas trop le choix que d’apprendre très, très vite, et pour ca je ne regrette pas du tout d’avoir choisi cette école. A une époque où je n’avais pas vraiment confiance dans mes capacités en dessin ou en conception d’idée, cette école m’a donné les bases pour « apprendre à penser » comme un designer. J’entends par là apprendre la méthode Design, la maîtrise des outils, etc. Tout ça boost la confiance en toi et c’est vraiment parfait pour avoir une base solide de connaissance.

Les difficultés ont commencé à apparaître vers ma 3e année.

Un peu comme un miroir, j’ai eu l’impression de revivre les mêmes difficultés que j’ai eu lorsque j’étais au lycée. J’étais de moins en moins sûr de ce que je voulais faire de ma vie. Les compétences qu’ont m’avait autrefois apprises en design semblaient maintenant m’étouffer et me restreindre.

J’étais de moins en moins assidu en cours. Bref j’étais un peu paûmé, et la déprime refaisait surface. Mes résultats étaient pourris et je n’avais plus la motivation de continuer.

S’en est suivi un renvoi, un long stage dans une start-up (très formateur, mais peu épanouissant) et beaucoup de doutes, tout ça en l’espace d’un an. J’ai ensuite réussi à rejoindre les rangs d’une seconde école, l’Ecole de Communication de Nantes mais cette fois non pas en graphisme mais en publicité. Ce qui rend ce moment particulier, outre la ré-orientation qu’elle a amené, c’est que j’ai dû rejoindre l’Ecole en 3e année, et non en 4e année (l’année ou j’ai quitté mon école précédent).

Cette sensation d’avoir « rétropédalé » et de perdre 3 ans de mes études à travers ces changements de cursus, je l’ai longtemps vécu comme un échec. Ça peut paraître un peu con, avec le recul, parce que j’ai eu la chance de faire de belles études avec le soutien de ma famille et de mes proches (merci Papa, merci Maman pour les sous <3), mais c’est pourtant vrai. Pendant que mes potes finissaient leurs études, je me retrouvais sur le carreau, sans diplôme. Pendant que ces mêmes potes rejoignaient leurs premiers jobs, je revenais sur les bancs de l’école… avec 3 ans à rattraper.

J’aime bien dire que je me compare jamais aux autres, que je déteste ça, que c’est pour les fragiles… Mais c’est pourtant un truc que je fais de manière involontaire, et ca m’énerve beaucoup ! On le fait tous à un moment ou à un autre. Mais ca peut être très dévalorisant. Ca sappe un peu l’estime qu’on a de soi, d’autant qu’on vit à une époque où c’est difficile de ne pas savoir ce qui se passe dans la vie des autres. Bref, fin de l’histoire : j’ai serré les dents, j’ai fini mes études, j’ai rencontré des gens formidables et je me suis fait un sacré paquet de potes.

Dans l’absolu, je pense que c’est un problème qu’on est très nombreux à affronter. C’est facile de regarder son objectif, de le comparer à celui des autres et de se dire « j’y arriverai jamais, j’suis pas comme les autres qui sont balèzes et moi j’suis une merde. » On perd notre objectivité et on s’imagine qu’on est tous fait pareil, qu’on a tous vécu la même chose, qu’on a tous les mêmes chances, et que si tu te vautres c’est 100% TA FAUTE. C’est pas vrai. C’est des conneries.
D’une certaine manière je pense qu’on nous conditionne un peu à ça. A se comparer aux autres, et à s’imaginer qu’il n’existe qu’une seule voie, et que si on s’en éloigne on va se retrouver seul au monde, face à vents et marrées. Dans le domaine artistique, personne n’a le même cursus. J’irai même jusqu’à dire que les gens qui ont des parcours atypiques et « risqués » font partie des gens les plus intéressants que j’ai pu rencontrer et travailler avec. Si vous deviez retenir un seul message de ce petit temoignage, ce serait ca : Inspirez-vous des meilleurs, cotoyer des gens qui vous tirent vers le haut, mais ne vous comparez pas à eux ni à d’autres. Ne cherchez pas à devenir la copie de quelqu’un d’autre.

Parmi la liste des trucs qui m’ont redonné confiance en mes capacités, je peux citer en vrac : la rencontre de créatifs plus talentueux que moi qui m’ont redonné l’envie d’être curieux et l’envie d’apprendre, les défis qu’ont su m’imposer mes profs sentant mon potentiel et ma capacité à les relever, mon maître de stage qui me dit « j’aime bien bosser avec toi, t’as pas le niveau d’un stagiaire de base. » ou encore ma directrice, après ma remise de diplôme, m’annoncer le sourire aux lèvres « Tu n’es pas là par hasard. » Moi qui suit victime du célèbre « syndrome de l’imposteur », c’est rassurant, ça fait chaud au coeur. 🙂

-JB