[Témoignage] Reprendre confiance en soi après une ré-orientation

Aujourd’hui, pour notre article du dimanche, nous allons inaugurer une nouvelle catégorie, celle du « Témoignage ». Je souhaitais créer une plateforme, un espace d’expression, où vous pourriez partager avec les autres lecteurs vos expériences. Je vous laisse découvrir ce premier témoignage avec JB, qui nous raconte comment il a vécu les difficultés qu’il a rencontré au cours de son parcours d’études supérieures.

Si vous souhaitez me faire part de votre histoire, parler d’une expérience qui vous a fait du bien, ou vous permis de vous rendre compte de votre propre force, n’hésitez pas ! Vous pouvez bien sûr garder votre anonymat si vous le souhaitez. Envoyez tout simplement votre témoignage à sibylle.roze@gmail.com

Prêt pour cette première lecture ?


Hello Sibylle, et bonjour tout le monde. Tout d’abord je tiens à remercier Sibylle pour me donner l’opportunité de parler de mon parcours, et en particulier comment j’ai vécu les passages plus difficiles et comment j’ai surmonté tout ça.

Je vais commencer par le début si vous le voulez bien. 🙂 Quand j’étais gamin, j’avais pas mal de facilité à l’école, en particulier au début du collège où j’avais des bons résultats sans vraiment avoir à forcer. Naturellement, quand tu n’as pas besoin de forcer à l’école, personne ne s’inquiète pour toi, tout roule, et tu n’apprend pas non plus à… apprendre ! Résultats : Quand je suis arrivé au lycée, ca a été une grosse claque. Mes résultats dégringolaient et je savais pas vraiment quoi faire de plus. Je vous passe les moments de déprime, de repli sur soi et d’addiction aux jeux-vidéos qui ont suivi, c’est un peu baddant haha. Ce dont je veux vraiment parler, ce sont les moments d’introspection que cette situation a provoqué.

A l’époque, j’aimais le dessin, l’anglais, et c’est tout. Comme j’avais fait une formation « scientifique » j’ai voulu m’orienté vers des études en lien avec ce domaine. L’architecture me semblait être une bonne option. Je n’avais pas vraiment de passion pour ce domaine, je n’avais pas ce « feu sacré » que certaines personnes ont pour leur métier (en particulier créatif). Alors tout bêtement je ne me suis pas posé de question, je me suis dit « pourquoi pas ? ». C’est en en discutant avec ma prof d’arts platisques de l’époque que j’ai decouvert le design, une discipline que je ne connaissais pas du tout. Je me souviens avec amusement de sa réaction lorsque je lui ai annoncé que je pensais faire une école d’architecture : « Toi ? Architecture ? Alors là mais non ! Pas du tout ! Tu devrais jeter un oeil à l’Ecole de Design de Nantes. »

Quelques mois plus tard je rejoignais les rangs de l’EDNA après avoir réussi le concours d’entrée.
Ce qui est bien quand on y connait rien dans un domaine dans lequel on se retrouve plongé dès le début, c’est qu’on a pas trop le choix que d’apprendre très, très vite, et pour ca je ne regrette pas du tout d’avoir choisi cette école. A une époque où je n’avais pas vraiment confiance dans mes capacités en dessin ou en conception d’idée, cette école m’a donné les bases pour « apprendre à penser » comme un designer. J’entends par là apprendre la méthode Design, la maîtrise des outils, etc. Tout ça boost la confiance en toi et c’est vraiment parfait pour avoir une base solide de connaissance.

Les difficultés ont commencé à apparaître vers ma 3e année.

Un peu comme un miroir, j’ai eu l’impression de revivre les mêmes difficultés que j’ai eu lorsque j’étais au lycée. J’étais de moins en moins sûr de ce que je voulais faire de ma vie. Les compétences qu’ont m’avait autrefois apprises en design semblaient maintenant m’étouffer et me restreindre.

J’étais de moins en moins assidu en cours. Bref j’étais un peu paûmé, et la déprime refaisait surface. Mes résultats étaient pourris et je n’avais plus la motivation de continuer.

S’en est suivi un renvoi, un long stage dans une start-up (très formateur, mais peu épanouissant) et beaucoup de doutes, tout ça en l’espace d’un an. J’ai ensuite réussi à rejoindre les rangs d’une seconde école, l’Ecole de Communication de Nantes mais cette fois non pas en graphisme mais en publicité. Ce qui rend ce moment particulier, outre la ré-orientation qu’elle a amené, c’est que j’ai dû rejoindre l’Ecole en 3e année, et non en 4e année (l’année ou j’ai quitté mon école précédent).

Cette sensation d’avoir « rétropédalé » et de perdre 3 ans de mes études à travers ces changements de cursus, je l’ai longtemps vécu comme un échec. Ça peut paraître un peu con, avec le recul, parce que j’ai eu la chance de faire de belles études avec le soutien de ma famille et de mes proches (merci Papa, merci Maman pour les sous <3), mais c’est pourtant vrai. Pendant que mes potes finissaient leurs études, je me retrouvais sur le carreau, sans diplôme. Pendant que ces mêmes potes rejoignaient leurs premiers jobs, je revenais sur les bancs de l’école… avec 3 ans à rattraper.

J’aime bien dire que je me compare jamais aux autres, que je déteste ça, que c’est pour les fragiles… Mais c’est pourtant un truc que je fais de manière involontaire, et ca m’énerve beaucoup ! On le fait tous à un moment ou à un autre. Mais ca peut être très dévalorisant. Ca sappe un peu l’estime qu’on a de soi, d’autant qu’on vit à une époque où c’est difficile de ne pas savoir ce qui se passe dans la vie des autres. Bref, fin de l’histoire : j’ai serré les dents, j’ai fini mes études, j’ai rencontré des gens formidables et je me suis fait un sacré paquet de potes.

Dans l’absolu, je pense que c’est un problème qu’on est très nombreux à affronter. C’est facile de regarder son objectif, de le comparer à celui des autres et de se dire « j’y arriverai jamais, j’suis pas comme les autres qui sont balèzes et moi j’suis une merde. » On perd notre objectivité et on s’imagine qu’on est tous fait pareil, qu’on a tous vécu la même chose, qu’on a tous les mêmes chances, et que si tu te vautres c’est 100% TA FAUTE. C’est pas vrai. C’est des conneries.
D’une certaine manière je pense qu’on nous conditionne un peu à ça. A se comparer aux autres, et à s’imaginer qu’il n’existe qu’une seule voie, et que si on s’en éloigne on va se retrouver seul au monde, face à vents et marrées. Dans le domaine artistique, personne n’a le même cursus. J’irai même jusqu’à dire que les gens qui ont des parcours atypiques et « risqués » font partie des gens les plus intéressants que j’ai pu rencontrer et travailler avec. Si vous deviez retenir un seul message de ce petit temoignage, ce serait ca : Inspirez-vous des meilleurs, cotoyer des gens qui vous tirent vers le haut, mais ne vous comparez pas à eux ni à d’autres. Ne cherchez pas à devenir la copie de quelqu’un d’autre.

Parmi la liste des trucs qui m’ont redonné confiance en mes capacités, je peux citer en vrac : la rencontre de créatifs plus talentueux que moi qui m’ont redonné l’envie d’être curieux et l’envie d’apprendre, les défis qu’ont su m’imposer mes profs sentant mon potentiel et ma capacité à les relever, mon maître de stage qui me dit « j’aime bien bosser avec toi, t’as pas le niveau d’un stagiaire de base. » ou encore ma directrice, après ma remise de diplôme, m’annoncer le sourire aux lèvres « Tu n’es pas là par hasard. » Moi qui suit victime du célèbre « syndrome de l’imposteur », c’est rassurant, ça fait chaud au coeur. 🙂

-JB

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Interview Créa #2 – Alice Des, illustratrice et agent d’illustrateur

Aujourd’hui, j’ai la joie de partager avec vous une nouvelle Interview Créa avec Alice Des, illustratrice !

A chaque fois, j’ai envie de sautiller dans tous les sens tellement discuter à propos de la créativité ou du process créatif en général me fascine. Chaque personne a sa manière d’être, de penser et de créer. Ne trouvez-vous pas cela enrichissant ? Pour ma part, j’ai les yeux en forme de coeur à l’heure où je vous parle.

Alice Des est… atypique. Oui, elle est illustratrice mais pas que: elle est aussi agent d’illustrateurs ! Alice est illustratrice, oui, mais elle a fait Sciences Po ! Elle dessine, oui, mais pas que: elle sculpte aussi. Elle s’essaye à tous les supports qui la titillent et à chaque fois trouve un moyen de s’exprimer par ce nouveau medium. Alice semble s’enrichir constamment du monde qui l’entoure et toujours être à la recherche de nouveaux savoirs.

Cette interview, pour moi, est une véritable ode à la curiosité et à la persévérance.

Bonne lecture !

Pour commencer, peux-tu te présenter ? Quel est ton travail ? Quelles sont tes passions ? Comment souhaites-tu te définir ?

Le jour, je suis agent d’illustrateurs dans la plus belle des agences, La Suite ! On y représente une vingtaine d’artistes du monde entier, avec des projets allant de la campagne de publicité aux vitrines de magasin. La nuit, je suis illustratrice. Je suis passionnée d’arts visuels multiples, l’illustration et les romans graphiques, mais aussi le modelage, la sculpture, la photographie…

T’es-tu toujours considérée comme une personne créative ? Si oui, comment savais-tu que tu l’étais ? Si non, comment en as-tu pris conscience ?

J’y appose rarement le terme de créativité, mais j’ai toujours été curieuse.
J’ai envie de tout apprendre. J’ai commencé avec le dessin, la peinture, la mosaïque, le modelage, le bricolage, l’archéologie, les reptiles, la littérature.

Après avoir fait un baccalauréat scientifique car j’adorais la biologie – je pensais devenir médecin à l’époque, j’ai suivi mes études à Sciences Po Paris, puis à McGill University à Montréal. J’y ai choisi des cours complètement divers : histoire de la musique, histoire de l’art, écriture créative, théologie…
J’ai eu de la chance de m’épanouir dans un milieu où cet éparpillement intellectuel était bien vu. Je m’en suis rendue compte en rentrant dans le milieu du travail. J’ai souvent eu droit à des regards dubitatifs sur mon parcours – pas que, heureusement !

Dans ma pratique artistique, c’est pareil, j’ai envie d’essayer tous les média. J’aime créer des choses nouvelles, que ce soient des petites animations, des gravures, des objets, des sculptures.
En ce moment j’ai très envie de peindre ou modeler en très grand format, mais mon espace de travail parisien me limite un peu.

As-tu eu du mal à dire que tu étais illustratrice professionnelle ? Avais-tu du mal à te sentir légitime ?

Honnêtement, non, j’ai lancé mon activité durant mes études, j’étais juste très contente en recevant les papiers. C’est plutôt mon style graphique qui a subi une grande remise en question, et a beaucoup changé. Il est d’ailleurs toujours en mouvement.

Est-ce que ton cursus en communication t’a aidé dans ton travail d’illustratrice ? Si oui, comment ?

Mon parcours a été assez peu linéaire, mais pas dénué de logique in fine.
Etudier la communication m’a permis de connaître l’envers du décor des métiers créatifs : quels sont les mécanismes en place dans la publicité et de la communication, comment s’y insérer pour vendre des illustrations.
Ce sont les expériences professionnelles que j’ai vécues qui ont été les plus formatrices. J’ai fait une année de césure durant mon master, pour travailler un an avant de terminer mes études. C’est là où j’ai vraiment découvert ce milieu, ce marché. Une riche idée, ça m’a très vite montré ce que j’aimais… Et ce que je ne me voyais pas faire du tout !

As-tu un processus de création défini ? Utilises-tu la même méthode si ton projet est personnel ou si c’est une commande par exemple ?

Qu’il soit personnel ou commandité, chaque projet commence toujours par une phase de recherches. C’est la partie fondamentale, celle qui prend le plus de temps. J’ai énormément de carnets que j’emmène partout avec moi, mais la majeure partie du temps les meilleures idées viennent juste avant de m’endormir…

Pour les commandes, je réalise la version finale plutôt en numérique, avec une tablette graphique et des logiciels d’édition. Cela me permet de réaliser des modifications si besoin, ou m’adapter aux contraintes d’impression (par exemple la sérigraphie/risographie nécessitent des calques séparés pour chaque couleur), ou d’animation en séparant le décor des personnages, etc.

Pour mes travaux personnels, j’aime bien travailler sur papier, aux crayons gras, encre, peinture. Ca donne une matière, une texture, que Photoshop ne peut pas copier.

J’ai eu de la chance de m’épanouir dans un milieu où cet éparpillement intellectuel était bien vu.

Si tu devais dégager 3 leçons de ton parcours professionnel, qu’elles seraient-elles ?

La première serait que la curiosité n’est pas un vilain défaut ! Au contraire, nous vivons dans un monde où toutes les connaissances sont accessibles en un clic, c’est merveilleux.

La deuxième serait une ode à la persévérance. Après la claque de l’arrivée à Sciences Po, j’ai compris les bienfaits de savoir s’accrocher quand c’est difficile, de recommencer après un échec. Il m’arrive parfois de refaire six fois le même dessin, le même modelage…

La dernière est de ne pas se poser trop de questions. La spontanéité a du bon. Je n’ai pas la pression de devoir vivre de mes travaux créatifs, alors je peux me lâcher ! Sur une feuille ou dans la vie, on ne peut pas tout contrôler de toute façon. Et, parfois, les choses qu’on n’anticipe pas sont les plus intéressantes.

Y-a-t-il eu une rencontre décisive dans ton parcours ? Un moment clef ?

Professionnellement, mon moment clef serait ma rencontre avec Morgane, la fondatrice de l’agence d’illustrateurs La Suite. Devenir agent a été un déclic pour comprendre ce que je voulais; j’aime l’humain, l’impression d’être utile, et pas uniquement de servir une marque. C’est aussi très inspirant car ma boîte e-mail est remplie de belles choses.
Artistiquement, je me souviens que Yohan, le directeur artistique de mon premier stage, me répétait de “trouver mon style”. J’avais du mal à comprendre, puis je suis arrivée à La Suite. En réalisant les portfolios des illustrateurs, mon cerveau a fait ’tilt’ – j’avais compris ce que je devais chercher.
De manière générale, j’ai rencontré beaucoup de profils passionnants, à Sciences Po et ailleurs. Même au lycée j’étais entourée d’amies créatives. Mon dernier projet en date est d’ailleurs une série limitée de Baigneuses en céramique pour le site Amavi. Je connais Marine Lazarus depuis quinze ans !

T’arrive-t-il de douter de tes capacités ? Est-ce dans une situation particulière ? Comment arrives-tu à surpasser ce doute ?

Je pars du principe que tout s’apprend. Quand j’ai une demande qui sort de ma zone de confort, en illustration comme dans la vie, c’est la phase de recherches qui m’est fondamentale. Je commence par regarder toutes les références, les vidéos explicatives sur le web, les tutoriels. Puis je mets les mains dans le cambouis, je teste, je rate, je recommence, et ne lâche que quand j’y arrive. Comme je le disais, je suis un peu têtue, il peut m’arriver de refaire six fois le même dessin… Le côté laborieux ne me fait pas peur. Ma seule denrée rare, c’est le temps.
Cela dit, je suis incapable de dessiner une assiette. La vaisselle est mon nemesis du dessin, je ne sais pas pourquoi.

T’arrive-t-il d’être en panne d’inspiration ? Si oui, comment arrives-tu à y remédier ?

C’est merveilleux pour les yeux d’être agent d’artistes, mais en étant créateur soi-même, cela demande une gymnastique mentale de prendre du recul. J’ai parfois des moments de page blanche. Je m’en sors en général en faisant un pas de côté, en sortant de ma routine. Ca peut prendre plusieurs formes, la première est de changer de medium. C’est comme ça que j’ai testé la linogravure, puis la céramique… Faire de la photo m’aide aussi beaucoup à voir l’Image autrement, à bousculer mes compositions. Mes autres astuces: lire un nouveau roman graphique, discuter avec des amis créatifs mais d’un autre milieu (vidéaste, photographe, écrivains), aller voir une exposition d’artiste moderne. Voyager, ou aller au Hellfest – pour sortir de sa zone de confort, c’est assez radical.

J’ai parfois des moments de page blanche. Je m’en sors en général en faisant un pas de côté, en sortant de ma routine.

Pour conclure, as-tu des ressources (livres, podcast, blog,…) qui t’ont aidé à être plus sereine dans ta vie professionnelle ou personnelle ? ou qui te motivent ?

Internet ! Si j’ai une connexion wifi, rien n’est impossible.
Plus sérieusement, je me pose peu de questions, mon tempérament est de foncer – ce qui fait hurler Hugo, mon copain. Apparemment le concept de “réfléchir après” ne s’applique pas au montage de meuble IKEA. Le dialogue est ma principale ressource quand j’ai un doute : je demande leur avis à des proches, des collègues, sur des groupes de discussion.

Pour la motivation, mes doigts frétillent dès que je lis les romans graphiques de Fred Bernard. Sa série “Une aventure de Jeanne Picquigny” est mon coup de coeur absolu, c’est magnifique et onirique.

Pour l’humour et l’écriture, je me plonge dans Anouk Ricard et Marion Montaigne, qui sont les deux personnes les plus drôles du monde avec Hugo – et oui, en plus de monter les étagères Billy correctement, cet homme cache de nombreux talents.

J’ai aussi besoin d’un autre stimuli : le son. La musique, surtout.
Pourtant je ne joue d’aucun instrument, je chante terriblement faux, et n’ai aucun sens du rythme. Mais j’adore le rock et les sonorités un peu jazzy du sud des Etats-Unis. La bonne chanson crée pour moi une ambiance propice au dessin. Je suis aussi une grande fan du podcast ‘Transfert‘ de Slate, produit par Louie Media – et pas seulement parce que c’est Mügluck, une de nos illustratrices, qui en fait les très belles illustrations.

J’espère que cette interview vous a plu autant qu’à moi, et que vous vous sentirez inspiré pour la journée. N’oublions pas de cultiver notre curiosité et notre soif d’apprendre !

 

Les bustes de femmes sur les photos vous ont fait de l’oeil ? Bonne nouvelle, Les Baigneuses sont disponibles sur Amavi !
C’est par ici >

 

De Timide Maladive à Réservée: mon évolution

La timidité est un poids que nous sommes énormément à porter depuis l’enfance. Le sujet me semble assez vaste pour pouvoir faire l’objet d’une suite d’articles, qu’en pensez-vous ? Dans celui-ci, je pensais commencer en faisant le point sur ma propre évolution vis-à-vis de la timidité. Certaines personnes arrivent à s’en départir, à évoluer autour de cette peur pendant que d’autres n’arrivent pas à lui faire face et ce handicap continue de les tyranniser années après années.

Cet article est finalement très lié à celui où je parle de mon envie d’être invisible présente depuis l’enfance. Être invisible c’est empêcher l’interaction avec l’Autre avant même que l’opportunité se présente, c’est éviter ce malaise profond que provoque la timidité autour de certaines personnes ou situations.

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Enfance – Période dite « Timidité maladive »

Comme je vous le disais dans l’article que je mentionne plus haut, lorsque j’étais enfant la solitude ne me posait pas de problème. Elle m’offrait le confort de la tranquillité, de l’absence de surprise et surtout de conflits. Je me suis toujours bien entendu avec ma personne et même dans les moments les plus bas, je n’ai jamais eu peur d’être face à moi-même. C’est une situation qui m’apaise plus qu’elle ne me pèse.

Les souvenirs d’enfance sont sélectifs, je n’ai que des bribes par-ci, par là mais ma famille est d’accord sur un point: j’ai toujours été extrêmement timide.

Je me souviens d’un épisode en CP où l’institutrice me demande de lire à voix haute quelque chose qui se trouve au tableau. Le peur m’envahit, me paralyse et je me met à pleurer sans pouvoir prononcer un mot. En réponse, l’institutrice me reprend un de mes bons points durement acquis. Je me revois ouvrir ma boîte à points, et marcher dans l’allée pour lui donner ce point qui m’était dû. (note à moi-même: est-ce que ma méfiance vis-à-vis de l’autorité me viendrait de cet épisode ?)

Cette expérience est à l’image du reste. Que ce soit des réunions de famille, des colonies de vacances ou des activités extra-scolaires, tout me donnait envie de me mettre en boule et d’attendre que le temps passe. En discutant de ma relation avec mes grands-parents avec mon frère, il m’a fait cette réflexion: « Comment créer un lien avec un enfant qui refuse de parler ? ». En bref, j’étais un petit hérisson. S’il est à l’aise, il se détend et vadrouille mais dès qu’un danger lui semble proche, il se recroqueville sur lui-même.

Parallèlement, on vous explique que votre comportement n’est pas celui attendu, qu’il est mal vu et qu’il faudrait changer. J’en garde un goût amer, une sensation d’être incomprise et parfois de trop.

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Adolescence & études supérieures – Soudain, l’envie de plaire

Je passerais vite sur l’adolescence car mes souvenirs sont tellement à vifs et bordéliques que je n’arrive pas à prendre de recul sur cette période malgré les années qui passent. Vivant de multiples vies parallèles ne se chevauchant que rarement à ce moment là, j’ai une image globale très floue de toutes ces années.

J’ai fait connaissance avec une bonne partie de mes amis de l’époque via Internet et que je les rencontrais seulement plus tard, même s’ils habitaient qu’à quelques rues de chez moi. Une fois que vous avez parlé pendant des dizaines et des dizaines d’heures avec quelqu’un, il est beaucoup plus facile d’avoir une conversation IRL avec lui. Ah, internet. Merci d’avoir été mon vecteur de sociabilité. Le pays rêvé où la timidité n’existe presque plus.

Le point intéressant se situe plus tard: lorsque vous vous êtes senti autant vulnérable et inadapté dans votre enfance, il reste des traces de ces pensées dans votre manière de réfléchir ou d’anticiper les évènements.

Après le lycée, le moment crucial du supérieur arrive. Recommencer à zéro et toutes les angoisses qui vont avec. Serais-je à la hauteur des obstacles qui m’attendent ? Je n’en savais rien et j’en étais terrifiée. Et soudain, me tombe dessus la question: et si je ne me faisais pas d’amis ? et si je n’avais personne avec qui déjeuner le premier jour ?

Bien sûr, 8 ans plus tard, je m’amuse de repenser à quel point j’ai pu vivre intensément ces doutes qui peuvent sembler ridicules mais à 18 ans à l’aube d’une nouvelle vie, ces tourments sont bien compréhensibles.

Là est donc rentré en compte quelque chose qui ne m’avait jamais vraiment importé: je voulais plaire. Voyez à quel point nous entrons dans une problématique à l’opposé de mon enfance !

Je ne parle pas de plaire physiquement mais de plaire tout court. On m’avait souvent dit jusque là que j’avais l’air froide, distante, arrogante, désagréable et le poids de ces mots me semblait annoncer une terrible nouvelle: personne ne voudrait être mon ami.

N’oubliez pas, ces situations me faisaient remonter des peurs d’enfance. Cela ne semble pas rationnel (Hello Sibylle, réfléchis 30 secondes, bien sûr que tu vas te faire des amis, et non tu ne passeras pas 5 ans à manger toute seule le midi !) mais sur le moment, la peur est si forte qu’elle semble couler de source.

Alors j’ai décidé de changer. Je suis complètement sortie de ma zone de confort. Je ne sais pas si ces efforts étaient visibles mais mon dieu, j’ai essayé si fort d’être une personne agréable. Le revers de la médaille est que maintenant je cherche à retrouver cette petite Sibylle revêche qui à sa manière ne faisait aucune concession.

À force de vouloir plaire, j’ai atteint un stade où je n’arrivais plus à accéder à ma force intérieure, à ma capacité à dire que je n’étais pas d’accord, je n’étais plus entière car j’avais consciemment décidé d’étouffer une partie de moi: celle qui m’a fait me sentir mal-aimée mais qui sait comment me protéger. C’est de cette manière que l’on peut perdre la trace de son amour propre et que l’on devient le complice de situations qui ne nous conviennent pas.

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Maintenant – Imprévisible mais plus calme

Que dire de maintenant… C’est mitigé. Certaines situations ne me provoquent plus de vagues d’émotions incontrôlables, donc il y a du progrès. Par exemple, je suis allée à des anniversaires où je ne connaissais personne et j’ai parlé à des gens. Et par dessus tout: j’ai survécu. Honnêtement, des situations de ce genre ne seront jamais agréables pour moi mais au moins j’ai pu être fière en rentrant chez moi.

Il y a des périodes où je suis plus ou moins timide, sans explication particulière. Il y a des jours où demander un renseignement à un vendeur me demande un réel effort, où je me répète la phrase plusieurs fois avant d’aller le voir alors que d’autres fois je serais très heureuse de bavarder avec cette personne. Il m’arrive encore de paniquer au restaurant lorsqu’on me pose une question inattendue et je continue de prendre la première possibilité qu’on me propose, même si je la déteste. C’est la vie.

Pour conclure, ma timidité m’a toujours embêté mais dans le même temps c’est une pierre angulaire de mon identité. Je sais maintenant que tout cela peut changer. Si je ne souhaite plus être timide, on peut m’en faire sortir car j’ai déjà un pas en dehors du piège. La question est: qui suis-je si je ne suis pas timide ? Qu’est-ce que cela signifierait Sibylle sans timidité ? En se qualifiant de la sorte toute sa vie, on peut s’enfermer dans un rôle et se limiter.

Alors je me demande: qui suis-je ?

Big up à tous les timides,

Sibylle

Minimalisme #1: les livres

Comme cet article est beaucoup plus long que prévu, j’ai décidé de découper ce thème « Commencer le minimalisme » en trois épisodes : 


– Le minimalisme ? –

Le minimalisme est rentré dans ma vie après avoir été choquée par l’étendu des objets inutiles qui s’accumulaient chez nous tous, sans même que nous nous en rendions compte. J’évoque le déclic que j’ai vécu en aidant mes parents à vider l’appartement d’une de mes grands-mères dans l’article sur le tri sur le superbe site de Marine, Amavi.

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